Banane et viande rouge : plafonnement des prix pour contrer la spéculation

Le ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national a engagé une série de mesures pour stabiliser les prix de la banane et de la viande rouge, deux produits jugés particulièrement sensibles. Cette mobilisation s'inscrit dans le cadre d'instructions fermes visant à contrer la spéculation et à garantir la disponibilité des marchandises, après des constats de hausse injustifiée sur le marché algérien.

Une séance de travail tenue par visioconférence le 29 octobre 2026 a permis d'arrêter des directives rigoureuses concernant le contrôle de la filière de la banane et le suivi des tarifs de la viande, qu'elle soit locale ou importée. Présidée par des cadres centraux du ministère, cette réunion a réuni le directeur du Commerce de la wilaya d'Alger, le directeur des Services agricoles, ainsi que des représentants de la Sûreté nationale, de la Gendarmerie nationale et des services vétérinaires. L'objectif affiché est de veiller à la transparence des pratiques commerciales et au respect des marges bénéficiaires fixées par la réglementation en vigueur, afin de préserver le pouvoir d'achat des citoyens.

Plafonnement des prix et traçabilité renforcée

Pour réguler le marché de la banane, les autorités ont instauré un prix plafond obligatoire compris entre 420 et 450 dinars le kilo. Des consignes strictes ont été données aux agents de contrôle pour intervenir sans délai, saisir toute quantité proposée à un tarif supérieur et engager des poursuites légales contre les contrevenants. Le dispositif de suivi couvre l'ensemble de la chaîne logistique, depuis l'entrée du produit via les ports, en passant par les chambres de mûrissement et d'entreposage frigorifique, jusqu'aux marchés de gros, de détail et aux grandes surfaces. L'inspection porte prioritairement sur la facturation, la structure des prix et les marges bénéficiaires, permettant de retracer le parcours de la marchandise et d'identifier la source de toute hausse injustifiée.

En parallèle, le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations a fixé un prix plafond à l'importation ne dépassant pas un dollar le kilo, une décision prise pour briser les situations de monopole. Cette mesure intervient après la constatation de graves dépassements et le déclenchement de procédures à l'encontre de plusieurs importateurs impliqués dans des manœuvres spéculatives. Sur le terrain, les brigades de contrôle ont intensifié leurs inspections, matin et soir, au niveau des points de vente. La présentation des factures y est exigée, et tout opérateur dépassant le seuil de 420 dinars s'expose à une saisie immédiate de sa marchandise.

Encadrement des marges et numérisation du suivi

Concernant la viande rouge, les mesures prévoient l'application stricte du décret exécutif d'avril 2024, qui détermine les plafonds de marge bénéficiaire : 4 % pour l'importateur, 5 % pour le grossiste et 8 % pour le détaillant. Ces dispositions s'accompagnent de la réduction des droits de douane à 5 % dans le cadre de la loi de finances 2026. Des investigations ont immédiatement été engagées afin de déterminer la part de certains importateurs accusés de monopoliser le marché et de commercialiser la viande importée au même prix que celle produite localement, dont le coût a grimpé jusqu'à 3 000 dinars le kilo. Les autorités de surveillance analysent par ailleurs en détail les disparités tarifaires observées selon les wilayas et les quartiers.

Ces orientations s'intègrent dans une stratégie nationale visant à structurer durablement le marché intérieur, passant d'une logique de suivi ponctuel à un système de contrôle permanent. À la suite des instructions données lors du Conseil des ministres du 18 octobre, le chef de l'État a donné ordre de préparer un projet de texte destiné à encadrer strictement les activités des intermédiaires situés entre les producteurs et les consommateurs. Il a également prescrit la création d'un mécanisme d'achat et de stockage des surplus de production locale, destinés à être injectés sur le marché dès l'apparition des premiers signaux de tension sur les prix. S'agissant de la banane, la stratégie repose sur le conditionnement de la domiciliation bancaire à un nouveau cahier des charges, couplé à une vérification systématique de la structure des coûts dès l'achat par l'importateur.

En application des instructions présidentielles relatives à la mise en place d'un outil national de suivi des prix et sur directives du Premier ministre, une journée d'information et de formation s'est tenue le jeudi 29 octobre 2026 à l'École nationale supérieure de hôtellerie et de restauration. Organisée par les services du Premier ministre en coordination avec le ministère du Commerce intérieur, le Haut-Commissariat à la Numérisation et le ministère de l'Agriculture, cette session a regroupé 250 cadres venus de l'ensemble des wilayas du pays. Elle a permis d'initier les participants à un nouveau système numérique intégré de suivi de l'approvisionnement et de la disponibilité des produits de première nécessité. Alignée sur le dispositif national de gouvernance des données, cette plateforme offre une visibilité globale sur l'état du marché, facilite la détection précoce des dysfonctionnements et renforce l'efficacité des mécanismes de contrôle.