Sahara occidental : le chef de l’ONU recadre les débats et réaffirme le droit inaliénable des Sahraouis

Antonio Guterres a réaffirmé, le 1er novembre 2026, que le retrait de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) n’invalide pas les droits fondamentaux du peuple sahraoui. Cette déclaration, rendue publique par son porte-parole Stéphane Dujarric, intervient immédiatement après le vote du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui a décidé le 30 octobre dernier de ne pas renouveler le mandat de la mission onusienne. Le chef de l’ONU exprime ainsi sa position face à cette évolution institutionnelle majeure, tout en soulignant la persistance des obligations internationales envers la population locale.

« Le secrétaire général souligne que le départ de la Minurso ne remet nullement en cause ces droits inaliénables et appelle toutes les parties à respecter et promouvoir les droits du peuple du Sahara occidental », précise la déclaration officielle. Antonio Guterres se dit « préoccupé » par les dynamiques sécuritaires actuelles. « Le secrétaire général demeure préoccupé par la situation sécuritaire dans l’ensemble du territoire du Sahara occidental ainsi que par le risque d’une escalade des hostilités. Il appelle toutes les parties concernées à faire preuve de la plus grande retenue et à s’abstenir de toute action susceptible d’accroître davantage les tensions ou de compromettre la stabilité régionale », lit-on dans le document publié sur le site officiel de l’ONU.

La transition administrative et le maintien de l'engagement onusien

L’organisation internationale annonce le lancement, depuis le 1er novembre 2026, de « la période de liquidation de la Minurso ». Durant cette phase, « une équipe réduite relevant du Département de l’appui opérationnel des Nations unies supervisera le transfert ordonné vers leurs pays respectifs des biens appartenant aux pays fournisseurs de contingents, ainsi que la cession ou l’élimination appropriée du matériel appartenant à l’Organisation des Nations unies ». « Le secrétaire général appelle les parties à coopérer pleinement afin que ce processus soit mené à bien de manière ordonnée et dans les meilleurs délais ».

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Au-delà de cet aspect logistique, l’institution maintient sa posture politique. Guterres réaffirme « l’engagement des Nations unies à aider les parties à parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental ». Il précise que « Si les opérations de maintien de la paix de la Minurso ont pris fin, les Nations unies demeurent prêtes à poursuivre leur soutien aux efforts visant à faire progresser le dialogue et à parvenir à un règlement pacifique du conflit par l’intermédiaire de l’envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura ». Le secrétaire général rappelle enfin que la « mission onusienne a été créée pour protéger et servir le peuple du Sahara occidental, en particulier afin de lui permettre d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination ».

Réactions diplomatiques et mises en garde sur les conséquences régionales

L’ancien diplomate Abdelaziz Rahabi a publié une analyse détaillée des événements du 30 octobre au Conseil de sécurité. Il affirme que les pays occidentaux assumeront la responsabilité de toute déstabilisation future. « (…) Les Pays européens membres du Conseil de sécurité (la France, la Grande-Bretagne, la Grèce, le Danemark et la Lettonie), dont les votes ne correspondent pas à leur discours, n’ont pas dérogé à leur tradition d’alignement inconditionnel sur les Etats-Unis dès lors que la Russie est présente et soulève des objections. C’est à elles qu’incombe cette fois-ci l’entière responsabilité de la nouvelle situation de la Minurso, et elles seront tenues pour responsables de toute perturbation éventuelle dans les territoires sahariens occupés », écrit-il sur son compte Facebook officiel.

Pour Rahabi, « le non-renouvellement du mandat de la Minurso, dans les circonstances que nous avons connues, n’est pas le résultat d’un processus de décolonisation, mais bien au contraire, il s’agit d’un échec du Conseil de sécurité dans les missions de maintien de la paix qui lui ont été confiées ». Il insiste sur le fait que la mission « ne peut être réduite à une simple instance provisoire ni à un simple organe chargé de superviser le transfert de souveraineté du peuple sahraoui à la puissance occupante ». Il estime que « La mission ne quittera pas le Sahara occidental, et elle ne sera pas expulsée de ce territoire par le Maroc, qui n’exerce aucune souveraineté sur ces terres ; elle doit continuer à veiller au respect du cessez-le-feu de 1991 et à la protection des civils sahraouis ». Il anticipe par ailleurs que « un débat devrait avoir lieu à l’AG de l’ONU » et précise que « un débat devrait avoir lieu à l’Assemblée générale – où tous les Etats sont sur un pied d’égalité – après l’exercice du droit de veto par la Russie, ce qui conférera à la question sahraouie une dimension plus conforme à la réalité de l’attachement de la communauté internationale aux valeurs de paix et de justice ».

De son côté, l’ancien ambassadeur Amar Belani critique la stratégie marocaine. Il qualifie l’attitude de Rabat de « calcul très risqué », affirmant que le royaume « entend tirer parti de la non-reconduction de la Minurso pour imposer de nouveaux paramètres au dossier du Sahara occidental ». « Rabat saisit ainsi une décision du Conseil de sécurité pour tenter de remodeler un processus politique dont il conteste désormais les mécanismes et les contraintes. Cette démarche repose sur un calcul très risqué », analyse-t-il. Selon lui, « en cherchant à réduire l’espace diplomatique et à placer le Polisario devant un cadre exclusif de négociation défini par le Maroc, les autorités marocaines négligent les conséquences de cette stratégie ». Il met en garde contre un renforcement des courants radicaux : « Elles vont renforcer, au sein du mouvement sahraoui, ceux qui considèrent que la lutte armée demeure le seul moyen d’arracher les droits du peuple sahraoui, après des décennies d’impasse diplomatique ». Belani conclut en avertissant que « Le verrouillage de la voie diplomatique ouvre immanquablement la voie de la reprise de la guerre qui risque de s’imposer comme une option incontournable

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