Catastrophe ferroviaire en Espagne : au moins 68 morts dans une collision entre deux trains

Au moins 68 personnes ont perdu la vie et 179 autres ont été blessées ce mercredi matin dans une violente collision entre deux trains à grande vitesse dans la province de Tolède. L’accident, survenu sur la ligne reliant Madrid à Séville, implique un convoi de la compagnie publique Renfe et une rame de l’opérateur privé Iryo. Ce drame survient neuf mois seulement après la tragédie d’Adamuz, plongeant à nouveau l’Espagne dans le deuil. Selon les premiers éléments de l’enquête, une panne du système de signalisation doublée d’une erreur humaine serait à l’origine de ce bilan particulièrement lourd.

Les faits se sont produits peu avant neuf heures du matin, au point kilométrique 118 de la ligne, entre les localités d’Urda et Los Yébenes. Le train Iryo, parti de la gare d’Atocha à 7h54 avec 147 passagers à son bord, s’était immobilisé sur la voie. Six minutes plus tard, un train AVE de la Renfe transportant 397 voyageurs s’est élancé sur le même tracé et a violemment percuté l’arrière du premier convoi. La force de l’impact a projeté deux voitures hors des rails, les précipitant en contrebas d’un talus. Les images diffusées par la chaîne régionale CMM TV montrent une voiture en équilibre précaire sur une portion surélevée de la voie, entourée de tôles tordues et de débris éparpillés sur plusieurs dizaines de mètres.

La terreur a aussitôt empoigné les centaines de voyageurs présents dans les rames. Miguel, qui se trouvait à l’arrière de l’un des trains accompagné de collègues, a relaté sa vive émotion à la radio Cope : « Nous avons entendu un grondement massif, un choc véritablement énorme qui a duré dix secondes, comme si le train était sur le point de dérailler ». Toujours bouleversé, il précise : « Par la fenêtre de droite, nous pouvions voir un train détruit, j’imagine que cela devait être l’autre ».

Enquête ouverte sur une panne de signalisation et une erreur humaine

Le bilan humain s’est lourdement aggravé au fil de la journée. D’abord évalué à une dizaine de victimes, puis révisé à 31 morts en milieu de journée par le gouvernement régional de Castille-La Manche auprès de l’Agence France-Presse, il atteint désormais au moins 68 morts et 179 blessés selon les dernières données officielles. Emiliano García-Page, président de la région, avait anticipé cette hausse du nombre de victimes en expliquant aux journalistes présents sur place que de nouveaux corps risquaient d’être découverts car « il n’a pas encore été possible d’atteindre le fond des voitures ».

Dès la diffusion de l’alerte, une opération de secours massive s’est mise en place. Le site de l’accident a été rejoint par trois hélicoptères, deux unités mobiles de soins intensifs, les services médicaux du SAMUR madrilène et de la santé andalou, ainsi que l’Unité militaire d’urgence. Des riverains ont prêté main-forte en apportant de l’eau aux survivants. À Urda, commune limitrophe, Manuel Galán, le maire, a mis à disposition le complexe sportif municipal sur requête des secours, afin d’y aménager un centre de tri et d’accueil pour les personnes blessées.

Côté technique, l’attention se porte sur Adif, l’exploitant du réseau ferroviaire. D’après des sources gouvernementales relayées par El País, la défaillance du système automatique de signalisation et de sécurité a contraint les opérateurs à prendre le contrôle manuel du trafic. L’Autorité indépendante d’enquête technique sur les accidents met désormais en avant une faute humaine d’un agent durant cette phase dégradée pour justifier la présence concomitante de deux rames dans le même canton.

Cette catastrophe ravive le traumatisme lié à l’accident d’Adamuz, dans la province de Cordoue, qui avait coûté la vie à 46 personnes en janvier dernier à des trains des compagnies Renfe et Iryo. Le drame de Tolède s’inscrit désormais comme la pire tragédie ferroviaire en Espagne depuis le déraillement de Saint-Jacques-de-Compostelle en 2013, qui avait fait 80 morts. Face à l’ampleur du choc national, l’ensemble du trafic à grande vitesse entre Madrid et l’Andalousie a été suspendu. Les principaux partis politiques espagnols, en pleine campagne pour les élections générales prévues le mois prochain, ont annulé leurs réunions publiques de la journée.

Le roi Felipe VI et la reine Letizia ont adressé leurs condoléances aux familles endeuillées. Le Premier ministre Pedro Sánchez a réagi sur le réseau social X : « Je reste en contact permanent avec le ministre des Transports et avec le président de Castille-La Manche ». Il a précisé : « Les services d’urgence travaillent sur le terrain pour assister les personnes touchées et assurer leur sécurité, en coordination avec toutes les administrations impliquées. Mon affection, ma solidarité et mon soutien à toutes les victimes et à leurs familles ». De son côté, le chef de l’opposition et dirigeant du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a déclaré : « Très préoccupé par les informations qui nous parviennent concernant un nouvel accident ferroviaire. La priorité est désormais de secourir les victimes et de soutenir leurs familles. Tout mon soutien aux équipes d’urgence qui travaillent sur le terrain ».