Fièvre aphteuse : l’Algérie suspend les importations de bovins vivants

Alger suspend l'importation de bovins vivants jusqu'à nouvel ordre, une décision prise par la Direction générale des services vétérinaires (DGSV) qui dépend du ministère de l'Agriculture, du Développement rural et de la Pêche. Cette mesure, notifiée le 22 octobre 2026 aux importateurs, est justifiée par des « raisons sanitaires » liées au suivi des flux entrants. Elle intervient alors que le Laboratoire central vétérinaire a confirmé l'apparition de foyers de fièvre aphteuse dans la wilaya de Jijel, une maladie virale hautement contagieuse qui touche les ruminants mais ne présente pas de risque direct pour la santé humaine.

La suspension s'applique strictement aux animaux destinés à l'engraissement, à l'abattage ou aux élevages laitiers. La DGSV annule simultanément toutes les dérogations sanitaires d'importation encore valides, rendant inutilisables les autorisations en cours détenues par les opérateurs. Aucune date de reprise n'est fixée et le texte reste muet sur le sort des cargaisons déjà commandées ou en transit. L'impact commercial est immédiat : l'Office économique et commercial d'Espagne à Alger a alerté les exportateurs ibériques le 27 octobre, Madrid étant aujourd'hui le premier fournisseur de viandes rouges du marché algérien.

Conséquences sur les marchés et l'offre locale

À Jijel, les autorités ont fermé tous les marchés à bestiaux depuis le jeudi 22 octobre, une interdiction qui couvre les bovins, les ovins et les caprins. Le directeur des services agricoles a proposé cette mesure en s'appuyant sur la directive de la DGSV, interdisant toute entrée ou sortie d'animaux d'élevage sur le territoire de la wilaya. Tout transfert interne exige désormais un certificat sanitaire d'orientation délivré par les services vétérinaires officiels, précisant l'espèce, le nombre de têtes, le mode de transport et l'itinéraire. Les contrevenants s'exposent à des sanctions pénales et réglementaires, avec une surveillance assurée par la gendarmerie et la sûreté de wilaya. La wilaya de Sétif a adopté des mesures similaires après la détection de foyers, tandis que des rumeurs de fermeture circulent dans d'autres régions comme Bouira ou Boumerdès, sans décision officielle à ce stade.

Cette restriction administrative ne se traduit pas automatiquement par une fermeture nationale des marchés, mais la situation peut évoluer rapidement d'une wilaya à l'autre. Les éleveurs sont invités à consulter la direction des services agricoles avant tout déplacement de bétail. L'enjeu économique est significatif, car les bovins importés alimentaient les ateliers d'engraissement et le renouvellement des élevages laitiers. En 2022, la France assurait environ 97 % des importations algériennes de bovins vivants en valeur, un flux suspendu depuis septembre 2023 par le ministère de l'Agriculture de manière « préventive et urgente » suite à des foyers de maladie hémorragique épizootique en France. Ce gel reste en vigueur, accentuant la dépendance aux autres sources d'approvisionnement.

Tarifs réglementés et mesures gouvernementales

Pour le consommateur, la distinction entre viandes importées et locales reste cruciale. La note de la DGSV ne concerne ni les ovins ni les viandes fraîches ou congelées, ce qui signifie que les carcasses importées par l'ALVIAR échappent à cette suspension spécifique. Le ministère du Commerce fixe les prix de la viande rouge importée sans os à 1 200 DA le kilo et avec os à 1 350 DA. En revanche, le bœuf local demeure à prix libre, avec une moyenne constatée de 1 810 DA le kilo selon la dernière liste du ministère de l'Agriculture de septembre 2025, mais dépassant 2 600 DA dans certaines régions lors de l'Aïd El Adha 2026. Le mouton découpé a atteint jusqu'à 3 500 DA chez certains détaillants pour la même période.

Depuis avril 2024, un décret exécutif fixe des limites strictes aux marges bénéficiaires : 4 % pour l’importation, 5 % dans le commerce de gros et 8 % au détail. Ces seuils concernent spécifiquement les viandes bovines et ovines fraîches réfrigérées, qu’elles soient présentées en carcasse, demi-carcasse ou sous vide. Le président Abdelmadjid Tebboune a par ailleurs ordonné, lors du Conseil des ministres du 18 octobre, l’ouverture d’une enquête visant certains importateurs soupçonnés de monopolisation et de spéculation sur les prix, ainsi que des boucheries vendant la viande importée au tarif du local. Les consommateurs restent en mesure de signaler tout abus auprès de la direction du commerce de leur wilaya.

Le chef de l'État a instruit le ministère du Commerce intérieur d'établir un mécanisme de plafonnement s'appliquant aux légumes, légumineuses, pâtes et viandes. Pour garantir cette régulation, les directeurs du commerce doivent assurer un suivi quotidien des prix sous la supervision des walis, soutenus par des brigades de contrôle effectuant des descentes régulières. Une base de données numérique, élaborée en collaboration avec le Haut-commissariat à la numérisation, servira d'outil d'alerte face aux hausses anormales. À plus long terme, l'Algérie privilégie la reconstruction de sa filière locale, notamment via des accords avec l'Espagne pour attirer les investissements et transférer l'expertise, une stratégie que Mohamed Rezgui, PDG de l'ALVIAR, considère comme une source de valeur ajoutée et d'emplois.