Retailleau adoucit son ton sur l’Algérie sans changer sa ligne dure

Bruno Retailleau a opéré un changement notable de ton à l'égard d'Alger, privilégiant désormais un discours de conciliation après plusieurs mois de prises de position offensives. Invité de l'émission *Vous Président* sur BFMTV, le candidat LR a appelé à « normaliser les relations avec l’Algérie » et à orienter les échanges « de pays à pays ». Cette inflexion intervient alors que le chef de file de la droite reste en retrait dans les enquêtes d'opinion, quelques semaines avant la présidentielle.

Une distinction entre le régime et le peuple

Cette nouvelle approche tranche avec les déclarations antérieures du candidat. En avril, dans une lettre adressée à Emmanuel Macron, Bruno Retailleau qualifiait l'immigration d'« une charge, et parfois un drame ». Il y défendait alors la réduction des visas pour les pays ne procédant pas au retour de leurs ressortissants et plaidait pour la dénonciation de l'accord franco-algérien de 1968. Il reprochait également au président de la République de mener une politique de « réconciliation » qu'il jugeait vouée à l'échec.

Sur BFMTV, le candidat a tenté de dissocier ses critiques envers le régime algérien de son regard sur le peuple algérien, souhaitant sortir du registre mémoriel pour rechercher des points d'entente. Toutefois, cette distinction ne modifie pas la substance de ses propositions concernant les Algériens établis en France. Les questions des visas, des réadmissions, des accords bilatéraux et des expulsions demeurent centrales dans sa ligne politique. En mai, il continuait de prôner un rapport de force, la baisse des visas et la remise en cause de l'accord de 1968.

Un programme inchangé malgré le changement de ton

L'appel à une relation « normalisée, fondée sur le respect » n'est pas une nouveauté absolue ; Bruno Retailleau l'avait déjà formulé en mai dernier. Sa déclaration de novembre marque surtout une mise en avant accrue du dialogue, sans abandon de ses exigences envers Alger. Cette évolution peut s'interpréter comme une tentative d'apaiser le climat politique après une période où les tensions franco-algériennes ont dominé le débat public. Le candidat n'annonce ni le retrait de ses mesures migratoires ni une modification de sa position sur l'accord de 1968.

Le contexte électoral renforce cette lecture pragmatique. Selon un sondage Ifop réalisé du 27 au 29 octobre, Bruno Retailleau recueille 4 % des intentions de vote dans un scénario où Gabriel Attal, Édouard Philippe et David Lisnard sont également candidats. Son score passe à 7 % s'il est le seul représentant de la droite face à Édouard Philippe. À cinq mois du scrutin, le candidat cherche ainsi à élargir son image au-delà de la seule fermeté. Si l'assouplissement du ton vise à séduire un électorat inquiet des tensions bilatérales, le fond de sa politique reste marqué par une ligne dure sur l'immigration et les relations avec Alger.