Affaire Houri : 6 ans de prison requis contre Kamel Daoud, accusé d’avoir pillé la vie d’une rescapée

Contrairement aux attentes, la décision n'a pas été rendue lundi par la présidente du tribunal correctionnel de Fellaoucene (Oran) dans le procès opposant Saâda Arbane au romancier Kamel Daoud et à son épouse. Le délibéré, prévu initialement pour ce mardi 27 octobre après l'examen du dossier du 16 octobre, a donc été ajourné, selon le média El-Khabar. Ce nouveau délai prolonge une procédure qui trouble la vie du lauréat du prix Goncourt 2024 depuis deux ans.

Six ans de prison requis et rupture avec l’épouse

Lors des débats, le représentant du ministère public a réclamé une peine de six années d’emprisonnement à l’encontre de l’écrivain et de la psychiatre Aïcha Dahdouh. Cette réquisition dépasse largement la sanction déjà prononcée dans une autre procédure visant l’auteur. Le 13 octobre, Me Arar, conseil de la plaignante, avait plaidé devant la juridiction oranaise en insistant sur le fait que l’intimité de sa mandante avait été livrée au public sans son accord à travers les pages de *Houri*. Elle réclame la restitution de ses droits pour Saâda Arbane, âgée de 32 ans, rescapée des années de violence en Algérie et égorgée enfant. Depuis novembre 2024, elle soutient que le romancier s’est servi de son histoire personnelle pour bâtir l’intrigue de son livre couronné par le plus prestigieux des prix littéraires français.

Le report judiciaire intervient quelques jours après une intervention remarquée de la principale co-accusée. Le 25 octobre, la psychiatre a rompu le silence par un communiqué transmis à la presse : « Je suis innocente. Je n’ai pas divulgué le secret médical, je n’ai pas volé de dossier. » C’est précisément ce chef d’accusation qui lui vaut d’être poursuivie, Saâda Arbane affirmant avoir été suivie par cette praticienne, laquelle aurait ensuite transmis des éléments confidentiels à son mari. Dans sa prise de parole à la veille du délibéré attendu, la médecin balaie l’ensemble des griefs. Plus inattendu, la psychiatre a tenu à marquer une rupture avec certaines positions publiques de son conjoint, notamment sur l’Algérie, l’islam et la Palestine : « Ma voix ne doit pas être couverte par celle de Kamel Daoud ». Une mise au point qui souligne la tension entourant ce dossier.

Une condamnation par contumace déjà prononcée

Il convient de noter que l'écrivain fait déjà l'objet d'une condamnation rendue par défaut. Le 21 avril 2026, la justice d'Oran l'avait reconnu coupable, lui infligeant trois ans d'emprisonnement ferme ainsi qu'une amende de cinq millions de dinars, suite à une plainte de l'Organisation nationale des victimes du terrorisme. Résidant en France et ayant obtenu la nationalité française, l'auteur n'a assisté à aucune audience en Algérie. Cette absence récurrente complique une affaire où se croisent enjeux juridiques, débats littéraires et tensions politiques.

Pour l'instant, aucune nouvelle échéance n'a été communiquée pour la prononciation du verdict dans cette nouvelle procédure. Les conseils des parties adverses devront attendre avant d'en connaître l'issue, ce qui transforme ce litige en un feuilleton judiciaire dépassant largement le cadre d'un simple différend concernant un roman.