Le dossier juridique que l'Algérie envisage de constituer contre le Maroc porte sur la contamination des eaux de l'oued Mouilah. Ce cours d'eau transfrontalier traverse le territoire marocain avant de rejoindre la région de Tlemcen, où il alimente notamment le barrage de Hammam Boughrara. Les autorités et les experts algériens pointent du doigt une dégradation significative de la qualité de l'eau après son passage au Maroc, ce qui pourrait déboucher sur un recours auprès des instances internationales.
Cette perspective a été confirmée le 2 novembre 2026 par le quotidien El Khabar. L'information fait suite aux recommandations issues d'un colloque international consacré à la protection des cours d'eau transfrontaliers, organisé à Tlemcen du 26 au 29 octobre. L'objectif affiché est de démontrer scientifiquement la dégradation des ressources hydriques et de faire valoir les droits de l'Algérie sur la scène internationale.
Une pollution documentée menaçant deux millions d'habitants
La préoccupation principale concerne le barrage de Hammam Boughrara, dans la wilaya de Tlemcen. Cette infrastructure est essentielle pour l'approvisionnement en eau de plusieurs zones de l'ouest du pays, incluant Maghnia, Tlemcen et une partie de la wilaya d'Aïn Témouchent. Selon les estimations avancées lors des échanges, près de deux millions d'habitants seraient exposés aux conséquences de cette situation.
Mustapha Kamel Mihoubi, ancien ministre des Ressources en eau et professeur à l’École nationale supérieure de l’hydraulique, a précisé que les eaux quittent le territoire algérien avec une qualité naturelle avant de revenir chargées de polluants après leur passage au Maroc. Des chercheurs de l'université de Tlemcen ont déjà alerté, via l'Agence de presse algérienne (APS) le 27 octobre, sur des concentrations de polluants dépassant largement les références internationales. Ils ont notamment évoqué les rejets d'eaux usées et de déchets industriels provenant de la région d'Oujda. Toutefois, l'identification précise des sources de contamination et l'établissement des responsabilités nécessitent encore des investigations scientifiques complémentaires.
Construction d'un dossier fondé sur des preuves scientifiques
Pour soutenir une éventuelle démarche juridique, Mustapha Kamel Mihoubi préconise de poursuivre les recherches afin de constituer un dossier reposant sur des analyses de laboratoire et des preuves documentées. La constitution de ce dossier devra permettre de documenter objectivement la qualité des eaux avant et après leur passage de part et d'autre de la frontière. En parallèle, plusieurs mesures de surveillance sont mises en place ou étudiées pour protéger les ressources locales.
Divers dispositifs de suivi et de sécurisation sont également envisagés. À cet égard, l’université de Biskra collabore avec le barrage de Boughrara au développement d’un système flottant conçu pour mesurer en continu plusieurs marqueurs de contamination, à savoir l’oxygène dissous, l’aluminium et les phosphates.
Toute initiative algérienne potentielle s’appuierait sur les normes internationales régissant l’administration des fleuves transfrontaliers. La Convention des Nations unies de 1997 sur le droit relatif aux utilisations des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation impose notamment une exploitation équitable et raisonnable des ressources communes, tout en obligeant les États à adopter les mesures nécessaires pour éviter de causer des préjudices graves à leurs voisins. Il convient néanmoins de préciser que la constitution d’un dossier ne présage pas l’ouverture immédiate d’une procédure judiciaire internationale. Pour maximiser ses chances de succès, Alger devra rassembler des preuves scientifiques établissant l’origine des pollutions, les responsabilités engagées ainsi que l’ampleur des dégâts.