Essais nucléaires : l’Algérie accuse la France de retenir des informations sur les déchets radioactifs enfouis dans le Sahara

Soixante-six ans après les premières explosions nucléaires françaises dans le Sahara, l’Algérie poursuit la dépollution des anciens sites d’essais. Le 1er novembre 2026, Alger a lancé une nouvelle opération d’assainissement à In Ekker, près de Tamanrasset, tout en dénonçant le refus de Paris de communiquer les cartes et les documents permettant de localiser les déchets radioactifs enterrés. Malgré les assurances du gouvernement français, la question de l’accès à l’ensemble des archives demeure entière.

Plus de six décennies après les expérimentations nucléaires françaises, le désert algérien conserve les traces de cette période. Des déchets contaminés, des équipements militaires abandonnés et des résidus radioactifs demeurent présents sur les anciens sites de Reggane et d’In Ekker. Leur localisation exacte reste au centre d’un différend entre Alger et Paris, alors que les autorités algériennes poursuivent leurs opérations de dépollution.

Dimanche 1er novembre 2026, le ministère algérien de la Défense nationale a annoncé le lancement d’une deuxième campagne d’assainissement du site E2 Béryl, à In Ekker, dans la wilaya de Tamanrasset. Cette intervention, qui succède à une première opération engagée en février, mobilise des équipes et des moyens nationaux, en coordination avec l’Agence nationale chargée de la réhabilitation des anciens sites d’essais nucléaires français.

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Les travaux portent sur l’identification des zones contaminées, la collecte des déchets radioactifs et leur stockage dans des conteneurs en béton spécialement conçus à cet effet. Une opération complexe, rendue plus difficile, selon Alger, par l’absence de documents détaillés sur les lieux où l’armée française a enfoui ses déchets.

Le choix du 1er novembre revêt également une portée symbolique. En lançant cette nouvelle campagne à l’occasion du 72e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale, les autorités algériennes rappellent que les conséquences des essais nucléaires constituent une question toujours présente dans les relations entre les deux pays.

Des archives françaises toujours réclamées par Alger

Dans son communiqué du 1er novembre, le ministère algérien de la Défense dénonce le refus de la France « d’assumer ses responsabilités pénales » et de fournir les documents et les cartes des sites d’enfouissement des déchets nucléaires.

Ces informations sont pourtant nécessaires pour identifier les zones à traiter, retrouver les matières contaminées et sécuriser les opérations de réhabilitation. Le ministère estime que les déchets laissés par les essais français continuent de constituer un obstacle au développement des régions d’In Ekker, dans la wilaya de Tamanrasset, et de Reggane, dans celle d’Adrar.

La France conteste cette accusation. Dans une réponse parlementaire publiée le 8 septembre 2026, le ministère français des Armées affirme qu’Emmanuel Macron a remis au président Abdelmadjid Tebboune, lors de sa visite en Algérie en août 2022, un dossier regroupant toutes les cartes et informations dont Paris dispose sur les déchets enfouis et les zones contaminées.

Cette déclaration ne permet cependant pas de vérifier l’exhaustivité des documents transmis. Le gouvernement français évoque les informations dont il dispose, sans publier l'inventaire détaillé du dossier remis aux autorités algériennes. Il reste donc impossible d’établir publiquement si ces pièces recensent l’ensemble des lieux d’enfouissement.

Interrogé par RFI le 2 novembre 2026, Jean-Marie Collin, directeur du bureau français de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), a demandé la publication de ces archives : « Il est nécessaire de les porter aux yeux du grand public, afin que l’on puisse réellement savoir ce qu’il y a dedans. »

Cette demande de transparence pose une question précise : les documents évoqués par Paris permettent-ils réellement de retrouver tous les déchets radioactifs abandonnés dans le Sahara, ou certaines informations restent-elles indisponibles ?

Béryl, l’accident nucléaire de 1962 dont les traces persistent

Entre 1960 et 1966, la France a procédé à 17 essais nucléaires en Algérie : quatre explosions atmosphériques à Reggane et treize essais souterrains à In Ekker. Les expérimentations ont commencé le 13 février 1960 avec Gerboise bleue et se sont poursuivies après l’indépendance du pays, en juillet 1962.

L’un des épisodes les plus graves s’est produit le 1er mai 1962, lors de l’essai souterrain Béryl. L’explosion, qui devait rester confinée dans une galerie creusée dans le massif de Taourirt Tan Afella, a provoqué la projection de matières radioactives à l’extérieur de la montagne. Un nuage contaminé s’est échappé du dispositif, exposant des personnes présentes à proximité.

Cet accident, reconnu dans un rapport parlementaire français publié en 2002, a laissé des traces radiologiques auxquelles s’ajoute la question des équipements et déchets enfouis pendant les années d’expérimentation.

En 2020, l’Observatoire des armements et ICAN France ont documenté la présence de matériels abandonnés et de déchets contaminés dans leur étude Sous le sable, la radioactivité !. Le rapport décrit notamment des véhicules, des équipements techniques et des matières potentiellement radioactives enterrés ou laissés sur les anciens sites.

L’Agence internationale de l’énergie atomique avait également constaté, lors d’une mission réalisée en 1999 et publiée en 2005, une contamination résiduelle dans plusieurs secteurs. Son évaluation ne constituait toutefois pas un inventaire exhaustif des déchets enfouis.

L’Algérie poursuit la dépollution malgré les difficultés

En engageant une nouvelle campagne à In Ekker, Alger entend poursuivre la réhabilitation des territoires affectés, sans attendre le règlement du différend sur les archives françaises.

La localisation des déchets constitue une condition essentielle à la conduite des travaux. Au-delà des zones où les explosions ont été réalisées, il faut retrouver les lieux d’enfouissement des matériels contaminés, caractériser leur radioactivité et déterminer les mesures de confinement adaptées.

Les autorités algériennes assurent mobiliser les compétences et les moyens nécessaires à cette mission. Elles continuent néanmoins de réclamer à la France les documents permettant de compléter les informations disponibles sur le terrain.

Le différend dépasse ainsi la seule question mémorielle. Il concerne l’accès aux données historiques, la protection des populations et la prise en charge environnementale de déchets issus des expérimentations françaises.

Soixante-six ans après Gerboise bleue, la France affirme avoir transmis les archives qu’elle possède, tandis que l’Algérie maintient sa demande de cartographies précises. En l’absence de publication du dossier remis en 2022 et d’un inventaire complet accessible, l’étendue des informations effectivement communiquées reste impossible à vérifier. Pendant que ce désaccord persiste, les équipes algériennes poursuivent l’assainissement des sites laissés par les essais nucléaires français.