À l’École nationale d’administration (ENA), le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, et son homologue de l’Économie de la connaissance et des Start-up, Noureddine Ouaddah, ont défini jeudi les priorités de la gouvernance numérique algérienne. Devant un parterre de décideurs publics, de cadres sectoriels et de walis connectés par visioconférence, les deux responsables ont affirmé que la transition digitale constitue désormais un impératif régalien indissociable de la souveraineté nationale, dépassant la simple modernisation technique des services publics.
Cette vision coordonnée vise à transformer la relation entre les citoyens et les institutions en éradiquant la bureaucratie au profit d’une administration plus fluide et sécurisée. Pour Saïd Sayoud, la numérisation n’est pas une fin en soi ; sa légitimité repose sur un impact mesurable dans le quotidien des administrés, notamment par la simplification, la transparence et la sécurité des prestations publiques. En tant que gardien historique des registres de l’état civil et des bases biométriques, le ministère de l’Intérieur se positionne comme garant légal de l’identité numérique, un rôle jugé essentiel pour asseoir la confiance des usagers face aux cybermenaces croissant visant les données personnelles.
Ouverture des titres biométriques aux start-up et partenariat avec l’ENSIA
Le lancement d’une stratégie s’articule autour de mesures opérationnelles visant à activer l’écosystème technologique national. À cet effet, un kit de développement logiciel sécurisé (SDK) a été formellement transmis au ministère de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises. Cet instrument technique offre aux jeunes pousses technologiques la capacité d’utiliser en toute sécurité les composants électroniques intégrés aux documents biométriques — carte nationale d’identité, passeport et permis de conduire — pour le développement d’applications mobiles dotées d’un mécanisme d’authentification solide.
Parallèlement, une convention-cadre stratégique a été signée avec l’École nationale supérieure d’intelligence artificielle (ENSIA). Cet accord formalise l’appui des pouvoirs publics à l’élite académique locale pour le développement et le test d’algorithmes souverains. L’objectif est de réduire la dépendance de l’État envers les solutions logicielles étrangères en s’appuyant sur des compétences nationales pour sécuriser ses systèmes.
Renforcement de la cybersécurité et prise en compte des contraintes locales
La défense des infrastructures publiques contre les assauts hybrides a constitué le cœur des discussions techniques. Dans le cadre de la table ronde « Au-delà du mur numérique », des experts issus de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), de l’Agence d’intégrité des systèmes d’information ainsi que des chercheurs de l’ENSIA ont examiné les vulnérabilités existantes. Ces intervenants ont souligné la nécessité impérative de garantir la confidentialité des données personnelles des citoyens face à l’évolution constante des menaces numériques.
Les travaux se sont conclus par une session interactive baptisée « Voix du terrain », qui a permis aux représentants des collectivités locales d’exposer les difficultés rencontrées dans les communes éloignées, notamment en matière de connectivité et de formation du personnel. Cette démarche participative illustre la volonté algérienne d’accélérer la transition vers une administration zéro papier tout en préservant l’intégrité de ses défenses souveraines et en intégrant les réalités opérationnelles des territoires.