El Niño : La NASA annonce que le pire est à venir

Depuis le début de l'automne, l'agence spatiale américaine (NASA) surveille avec une attention accrue l'émergence d'un nouvel épisode d'El Niño dans le Pacifique équatorial. Les observations satellitaires confirment un réchauffement inhabituel des eaux de surface, qui dépasse d'environ 1,7°C la moyenne à long terme dans le bassin oriental. Ce signal thermique s'accompagne d'une élévation du niveau de la mer et d'un recul mesurable du phytoplancton, des indicateurs qui, selon la NASA, préfigurent un phénomène potentiellement historique.

Le scénario d'un El Niño d'une intensité inédite depuis 1950 gagne en probabilité. Début octobre, l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA) a évalué à 83 % les chances que ce pic record se matérialise. Ce phénomène cyclique, qui survient généralement tous les deux à sept ans, modifie la dynamique des vents alizés et redistribue la chaleur océanique à l'échelle planétaire. Ces bouleversements climatiques impactent déjà les précipitations mondiales, menaçant la sécurité alimentaire, les ressources en eau et les écosystèmes marins, tout en augmentant les risques d'incendies dans certaines régions.

Des ondes de Kelvin détectées dès janvier

Les premiers signes avant-coureurs de cette perturbation ont été identifiés par les satellites de la NASA dès le mois de janvier. Une masse d'eau chaude, qualifiée d'onde de Kelvin, a alors été repérée dans le Pacifique occidental, aux abords de la Micronésie. Ces ondes de gravité transportent la chaleur d'ouest en est et contribuent à affaiblir les alizés, ces courants aériens qui soufflent normalement des Amériques vers l'Asie. Cette altération du régime ventile provoque un réchauffement supplémentaire des eaux et une montée du niveau marin dans le Pacifique oriental.

« Les ondes de Kelvin sont comme le battement de cœur d’El Niño », précise Josh Willis, scientifique au Jet Propulsion Laboratory de la NASA. L'agence spatiale suit ainsi l'évolution du phénomène via ses instruments orbitaux, permettant de détecter les changements océaniques avant même que leurs effets météorologiques ne se manifestent pleinement sur le terrain.

Un changement visible de couleur et de biodiversité

Au-delà des températures, la NASA observe une transformation physique de l'océan. Dans certaines zones du Pacifique équatorial, les eaux perdent leur coloration verdâtre habituelle pour adopter une teinte plus bleue. Ce changement chromatique, capté avec précision par les satellites, signale une diminution drastique des populations de phytoplancton, organismes microscopiques qui forment la base des chaînes alimentaires marines.

En temps normal, les vents favorisent la remontée d'eaux profondes riches en nutriments. Cependant, lorsque les alizés s'affaiblissent sous l'effet d'El Niño, cet apport nutritif diminue, entraînant une raréfaction du plancton. « La multitude de couleurs que peut prendre l’océan est étonnante », souligne Matthew Kehrli, chercheur au sein de l’équipe du satellite PACE de la NASA. Cette baisse de la biomasse phytoplanctonique pourrait contraindre certaines espèces marines à modifier leurs zones d'alimentation, perturbant durablement les équilibres des écosystèmes environnants.