Cancer en Algèrie : face à la hausse des cas, le ministère tire la sonnette d’alarme

Jeudi à Alger, le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudane, a dévoilé des statistiques marquantes issues du réseau national des registres du cancer. L’institution enregistre 14 712 nouveaux cas de cancer du sein chaque année chez les femmes, tandis que le cancer de la prostate touche 4 334 hommes annuellement. Ces données ont été présentées lors de l’ouverture de la rencontre annuelle du réseau national des registres du cancer de la population pour l’année 2026, dont le discours a été lu par le secrétaire général du ministère, Mohamed Talhi.

Ces chiffres précisent la hiérarchie des pathologies observées dans la population. Le cancer du sein demeure la première cause de cancer chez les femmes, représentant plus de 42 % des cas recensés dans cette catégorie. Chez les hommes, le cancer de la prostate occupe désormais la première place, suivi par le cancer colorectal qui totalise 4 066 nouveaux cas par an. Mohamed Seddik Aït Messaoudane a plaidé pour une intensification des mesures préventives, une meilleure maîtrise des facteurs de risque ainsi qu'une optimisation des circuits de diagnostic et de prise en charge.

Un outil stratégique pour l’orientation des politiques sanitaires

Le réseau national des registres du cancer joue un rôle central dans l’élaboration de la stratégie nationale de lutte contre cette maladie. Depuis 2015, ce dispositif a permis de produire des indicateurs épidémiologiques détaillés, classés selon le sexe, l’âge, la localisation de la maladie et la wilaya. Ces éléments fournissent une base indispensable pour guider les orientations stratégiques du secteur sanitaire et ont directement alimenté la conception de la stratégie nationale de prévention et de lutte contre le cancer couvrant la période 2025-2035.

L’exploitation de ces informations permet également d’orienter les investissements et de renforcer les capacités de prise en charge des patients. Parmi les mesures engagées figurent l’extension du réseau des centres de lutte contre le cancer, le développement des services de radiothérapie équipés en accélérateurs linéaires, ainsi que l’ouverture programmée de nouvelles unités. Le ministère prévoit par ailleurs l’acquisition d’équipements supplémentaires et la mobilisation de ressources financières importantes pour soutenir le Fonds national de lutte contre le cancer et garantir la disponibilité des médicaments anticancéreux.

Numérisation et coopération internationale

Pour les prochaines années, plusieurs priorités ont été identifiées, notamment l’extension de la couverture des registres à l’ensemble du territoire national, en particulier dans les nouvelles wilayas, et l’accélération de leur numérisation. L’amélioration de l’interopérabilité des systèmes d’information, le renforcement des ressources humaines, la formation continue et l’amélioration des conditions de travail font également partie des objectifs annoncés. Le ministre a souligné l’importance de consolider les programmes de prévention et de dépistage précoce, tout en encourageant la recherche scientifique et la coopération internationale.

Vanouil Habimana, représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Algérie, a souligné l'importance fondamentale des registres cancéreux au sein d'un système de santé performant. Selon lui, ces outils vont bien au-delà de simples dépôts d'informations ; ils servent en réalité de leviers décisifs pour orienter les politiques publiques.