Le Fonds international de développement agricole (FIDA) évalue les transferts financiers de la diaspora algérienne à 2025 à 1,799 milliard de dollars, une figure qui contraste fortement avec la réalité des flux et place l’Algérie au onzième rang africain en termes de réception de fonds. Cette évaluation, rendue publique le 14 septembre, alimente un débat sur le rôle de la diaspora dans l’économie nationale et soulève des questions sur les mécanismes de transfert de fonds.
Transferts officiels : un chiffre sous-estimé
Selon le rapport du FIDA, les Algériens résidant à l’étranger ont versé 1,79 milliard de dollars en 2025 via les canaux bancaires et les opérateurs de transfert d’argent. Ce chiffre positionne l’Algérie derrière le Ghana (2,42 milliards de dollars) et juste devant la Côte d’Ivoire (1,77 milliard de dollars). Au Maghreb, l’Algérie se classe troisième, derrière le Maroc (13,65 milliards de dollars) et la Tunisie (3,25 milliards de dollars). L’Égypte, avec 41,51 milliards de dollars, demeure le premier bénéficiaire africain en matière de transferts de la diaspora.
Cette estimation officielle est remise en question par Zoheir Rouis, vice-président de Jil Jadid, qui met en lumière un décalage entre les données officielles et les pratiques réelles. Il souligne que les circuits bancaires ne capturent qu’une partie des flux de la diaspora, en raison de l’écart significatif entre le taux de change officiel et celui du marché parallèle. Selon Rouis, cet écart, fluctuant entre 53% et 80%, incite fortement les Algériens de l’étranger à privilégier les transferts informels, notamment par le biais des voyages. Il insiste sur la nécessité d’une révision des conditions de transfert de devises, affirmant que « Sending Money Home 2026 » ne reflète pas la réalité de ces flux.
Le dirigeant politique critique également la tendance à réduire l’apport de la diaspora au seul chiffre de 1,8 milliard de dollars. Il plaide pour une approche plus globale, prenant en compte les contributions potentielles de la diaspora dans des domaines tels que le financement de l’économie, le transfert de technologies, l’ouverture des entreprises algériennes à l’international, la recherche et l’innovation.
Pour Zoheir Rouis, la comparaison avec les politiques publiques mises en œuvre au Maroc et en Tunisie révèle un besoin de réforme profonde de l’approche algérienne. Il critique l’absence de circuits de transfert formels simples, sûrs, compétitifs et attractifs, qui pourraient inciter la diaspora à utiliser les canaux officiels. Il appelle à la mise en place d’un « pacte économique » avec la diaspora, comprenant notamment la réduction de l’écart de taux de change, la modernisation des circuits bancaires, le développement des solutions numériques, la simplification administrative et le renforcement de la sécurité juridique. Il propose également des mesures incitatives telles que des produits d’épargne en devises attractifs, la facilitation de l’investissement de la diaspora dans les PME algériennes, et des mécanismes simples pour permettre aux professionnels établis à l’étranger de contribuer à des projets en Algérie.
Les propositions de Jil Jadid pour une réforme profonde
La situation actuelle contraste avec la tendance générale à l’augmentation des transferts de fonds vers l’Afrique, qui ont atteint 124,2 milliards de dollars en 2025, en hausse de 86% sur la décennie. À l’échelle mondiale, les pays à revenu faible et intermédiaire ont reçu 728,6 milliards de dollars, soit 94% de plus qu’en 2016.
En conclusion, l’évaluation de 1,79 milliard de dollars des transferts de la diaspora algérienne en 2025, bien que fournie par le FIDA, ne prend pas en compte l’ensemble des flux financiers et soulève des questions sur l’adéquation des mécanismes de transfert de fonds. La proposition de réforme, articulée par Zoheir Rouis, vise à aligner les politiques algériennes sur les pratiques des pays voisins et à exploiter pleinement le potentiel de la diaspora pour stimuler la croissance économique et le développement du pays.