Le décès de Djelloul Djahafi, un Algérien de 25 ans, survenu le 12 avril 2026 au centre de rétention administrative (CRA) 2 de Lyon, a mis en lumière des préoccupations majeures concernant les conditions de détention des personnes sous Obligation de quitter le territoire français (OQTF). L’incident, qui a conduit à la déclaration d’un état de mort cérébral, est le premier décès enregistré dans un centre de rétention française depuis 2024.
Décès de Djelloul Djahafi au CRA de Lyon : un cas tragique soulignant les dysfonctionnements du système OQTF
Selon des témoignages recueillis par StreetPress, la situation de Djelloul Djahafi était marquée par une détresse psychologique croissante liée à son statut de sans-papiers et aux procédures d’expulsion lentes. « carcéralisation », comme l’a qualifié la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, caractérise la gestion de ce CRA. Sa cellule exiguë dans le bloc B6, partagée avec son compagnon de chambre Salah, reflétait un quotidien difficile, rythmé par des conditions de vie précaires, notamment des fenêtres à barreaux et l’angoisse d’une expulsion.
Le 12 avril 2026, face à un désespoir croissant, Djelloul Djahafi a tenté de se suicider en se penchant à une ligne de fortune sous sa télévision. Plusieurs codétenus ont immédiatement réagi pour le sauver. Il a ensuite été transféré dans une cellule d’isolement, officiellement pour sa protection. Le jour même, il a réitéré son acte en accrochant ses draps à la bouche d’aération. Découvert inanimé, il a été hospitalisé et déclaré en état de mort cérébral quelques jours plus tard.
L’association Forum réfugiés a exprimé sa vive émotion et son inquiétude quant à l’absence de prise en charge psychologique adéquate, ainsi qu’à l’accès aux draps pour une personne en crise suicidaire. La salariée ayant accueilli le jeune homme à son arrivée a dû être mise en arrêt maladie. Il s’agissait du troisième placement en CRA pour la victime depuis 2024. Initialement arrêté le 10 avril pour rébellion, il avait reçu une nouvelle OQTF. Cette situation entraînait un cercle vicieux : une rétention maximale de 90 jours, une libération possible en l’absence d’expulsion, suivie d’une réintégration rapide dans le système de rétention.
Le CRA 2 de Lyon : un site pilote hyper-sécurisé et source de tensions
Le CRA 2 de Lyon, Inauguré en 2022, a été conçu comme un site pilote hyper-sécurisé, doté de hauts murs, de barbelés et de vitres blindées. Il restreint drastiquement les mouvements des détenus, limitant leur accès aux espaces extérieurs et aux services médicaux à une heure par jour. Les retenus sont confinés près de 22 heures par jour dans leurs blocs, ce qui engendre un isolement pesant. L’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) et les forces de l’ordre évoluent dans un climat tendu, séparés des usagers par des vitres blindées et des grillages, suite à plusieurs incidents.
Ce décès a déclenché une vague d’angoisse et a conduit à d’autres tentatives de suicide dans le même centre par d’autres détenus, nécessitant des libérations d’urgence ou des interventions in extremis de leurs voisins de chambre. La complexité des procédures d’expulsion, combinée à l’absence de laissez-passer consulaire délivré par l’Algérie, contribue à l’enfermement de ressortissants étrangers dans un système de rétention souvent perçu comme absurde.