À Boumerdès, les services du commerce ont renforcé leurs inspections sur les marchés de gros et de détail pour endiguer la flambée des prix et sanctionner les pratiques frauduleuses. Cette intensification des contrôles s'inscrit dans une stratégie visant à identifier et punir les commerçants accusés d'exploiter la vague inflationniste pour augmenter indûment leurs marges bénéficiaires.
Mme Lafati, responsable auprès de la direction locale du commerce et de la promotion des exportations, a confirmé que des saisies de marchandises avaient déjà été effectuées. « On a déjà saisi des quantités de divers produits pour défaut d’affichage des prix. Nos agents ont reçu des instructions de cibler les commerçants qui appliquent des marges bénéficiaires exorbitantes par rapport aux prix observés au niveau du marché de gros de Khemis El Khechna », a-t-elle déclaré. L'absence d'étiquetage clair constitue, selon les autorités, le principal levier juridique pour agir contre ces abus. « Les contrevenants risquent une amende de jusqu’à 100 000 DA », précise un inspecteur, qui souligne la complexité de réguler les prix lorsqu'il n'existe pas de facturation systématique pour les produits agricoles.
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Écarts de prix constatés sur le terrain
Les constats des contrôleurs révèlent des disparités significatives entre les circuits de distribution. La pomme de terre, par exemple, était vendue à 140 DA dans certains commerces de Boumerdès, alors que son prix au marché de gros se situait entre 60 et 65 DA/kg. Au marché de détail de Boudouaou, ce tubercule oscillait entre 70 et 85 DA/kg, tandis qu'il dépassait les 120 DA/kg dans d'autres localités de la wilaya.
le prix de la pomme de terre plafonné
Le phénomène ne se limite pas aux denrées alimentaires de base. Même l'eau minérale a fait l'objet d'une hausse injustifiée. « Il y a des commerçants qui ont profité de la forte demande sur l’eau après la panne survenue sur la conduite de Taksebt pour augmenter leurs bénéfices. Eux aussi en ont payé les frais pour défaut d’affichage des prix », indique un agent de contrôle. Ces pratiques opportunistes sont désormais spécifiquement ciblées par les équipes d'inspection.
Difficultés structurelles du maraîchage
La hausse des prix des légumes, notamment celle de la tomate qui dépasse 150 DA/kg en détail, est attribuée par les professionnels du secteur à des pertes de récoltes importantes. Ces dernières résultent de maladies qui affectent plusieurs exploitations agricoles de la région. « Deux agriculteurs de Khemis El Khechna ont déclaré avoir perdu complètement leurs champs à cause de la mouche blanche », témoigne un maraîcher de Boudouaou El Bahri.
Face à l'augmentation des coûts et à l'incertitude des rendements, de nombreux producteurs abandonnent la culture de la tomate. « La tomate n’est plus cultivée comme avant parce qu’elle comporte beaucoup de frais et de risques, et le rendement n’est pas garanti. Tout est cher et personne ne pense à l’agriculteur. Les plants coûtent 60 DA l’unité, les semences et les produits phytosanitaires sont inabordables. Les maladies se multiplient, l’eau devient de plus en plus rare et les systèmes d’irrigation sont obsolètes », se plaint ce producteur, qui note également la pénurie croissante de main-d'œuvre qualifiée.
Reconversion vers des cultures moins risquées
Dans la partie ouest de la Mitidja, le nombre d'agriculteurs se consacrant au maraîchage diminue année après année. Cette tendance s'explique par une préférence marquée pour des cultures perçues comme plus stables et moins coûteuses en intrants. « La plupart préfèrent les céréales, les vignes ou les arbres fruitiers », explique Abdelkader Kahlouche, président de l'Association des irrigants de la wilaya.
Selon lui, le secteur maraîcher fait face à deux obstacles majeurs : le manque chronique d'eau et le rétrécissement des périmètres irrigués. Ces difficultés sont aggravées par la baisse de la pluviométrie et la détérioration progressive des infrastructures d'arrosage, rendant la production de légumes de plus en plus précaire pour les exploitants agricoles.