Ouacim Kouidri, ministre de l’Industrie pharmaceutique, a présenté hier à Alger une feuille de route destinée à transformer l’industrie nationale en acteur clé du marché continental. Lors de la deuxième édition du Congrès international, consacré au thème « Souveraineté nationale et l’ouverture africaine pour une santé durable », il a défendu une approche qui dépasse la simple autosuffisance. L’enjeu n’est plus seulement de garantir l’approvisionnement intérieur, mais de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur, de la recherche à la distribution, pour s’insérer durablement dans l’économie africaine.
Devant un auditoire composé d’institutions nationales, d’experts et de chercheurs du continent, le ministre a redéfini les contours de la souveraineté sanitaire. « La souveraineté sanitaire aujourd’hui est liée à la capacité des Etats à développer leurs systèmes de santé et pharmaceutiques, à garantir la continuité de l’approvisionnement en produits pharmaceutiques et dispositifs médicaux, et à renforcer leurs capacités nationales de production, de recherche, de développement et d’innovation », a-t-il déclaré. Cette vision s’appuie sur des indicateurs concrets de la performance industrielle actuelle. Le secteur compte désormais près de 230 établissements, avec une production estimée à 4,9 milliards de dollars en 2025. Ces volumes couvrent 82 % des besoins du marché national en valeur, dont 95 % sont réalisés selon le système de fabrication complète, ou « Full Process ».
Une stratégie tournée vers la compétitivité et l’intégration continentale
Le gouvernement entend désormais franchir une étape supplémentaire en ciblant l’augmentation de la valeur ajoutée et la conquête de nouveaux débouchés. « Nous travaillons aujourd’hui à renforcer les capacités de production et la compétitivité, à augmenter la valeur ajoutée et à élargir les perspectives d’exportation », a affirmé Ouacim Kouidri. Cette orientation stratégique privilégie les secteurs à forte intensité technologique, tels que les biotechnologies, les vaccins et les traitements innovants, tout en visant la production locale des matières premières et des intrants pour réduire progressivement les dépendances extérieures.
La dimension africaine de cette politique est devenue centrale. L’Algérie cherche à faire de son industrie un levier de coopération Sud-Sud, une dynamique amorcée lors de la Conférence ministérielle africaine organisée en novembre 2025. Cet événement avait permis l’adoption de la Déclaration d’Alger et la signature de contrats d’exportation vers des pays comme la Mauritanie, le Mali et le Sénégal, ainsi que des accords de coopération entre l’Agence nationale des produits pharmaceutiques et ses homologues du continent. Pour le ministre, ces avancées ne constituent qu’une première étape. « Le rapprochement réglementaire entre les pays africains revêt une importance capitale », a-t-il souligné, estimant que cette harmonisation faciliterait l’enregistrement des produits fabriqués en Afrique et leur accès aux différents marchés du continent.
Vers un hub pharmaceutique stratégique
L’annonce la plus structurante du discours concerne la création d’un « hub » pharmaceutique stratégique africain basé en Algérie. Ce projet, mené en coopération avec des institutions internationales, ambitionne de mettre en réseau les capacités industrielles du continent dans plusieurs domaines clés : production, réglementation, logistique et transfert de technologie. « Cette plateforme vise à regrouper et à intégrer les capacités nationales dans les domaines de la production pharmaceutique, de la réglementation, de la logistique et du transfert de technologie », a expliqué le ministre.
L’objectif est de contribuer à l’approvisionnement des pays africains en produits de santé essentiels, avec une attention particulière portée aux vaccins et aux produits prioritaires. Toutefois, le développement des capacités industrielles ne suffit pas, selon le ministre. Pour que les produits algériens s’imposent durablement sur les marchés extérieurs, leur qualité et leur conformité doivent être reconnues par les autorités réglementaires des pays partenaires. Le volet réglementaire occupe donc une place déterminante dans la stratégie présentée, conditionnant la crédibilité et la pérennité de cette intégration économique.