La mort d’une salariée de l’Institut de lutte contre la peste d’Irkoutsk, en Sibérie, vendredi 2 octobre, a relancé les interrogations autour de cette pathologie historique. La jeune femme, âgée de 28 ans, travaillait dans ce laboratoire spécialisé lorsque son décès est survenu. Si les autorités russes ont rapidement cherché à apaiser les craintes suscitées par les rumeurs circulant dans la presse locale depuis quatre jours, l’événement réactive un souvenir traumatique lié au manque de transparence observé par la Chine lors de l’émergence du Covid-19. À ce stade, aucune conclusion définitive ne peut être tirée sur l’origine du décès.
Lundi, le gouverneur de la région d’Irkoutsk, Igor Kobzev, a officiellement qualifié le cas de « pneumonie d’étiologie indéterminée ». Cette annonce s’appuie sur les analyses menées par une commission d’experts spéciale. Le responsable régional a précisé que « Aucun micro-organisme lié à l’activité professionnelle de la jeune femme n’a été détecté dans ses biomatériaux ». De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en contact avec les autorités russes, a estimé que « le risque pour la santé publique de la population générale semble faible ».
Une maladie encore présente
Loin d’être un simple fantôme du passé, la peste demeure une réalité sanitaire. Cette pathologie est causée par la bactérie *Yersinia pestis*. Son agent infectieux maintient sa présence dans la nature grâce à un réseau d'environ 200 espèces de rongeurs qui servent de réservoirs à l'échelle mondiale. Le mode de propagation repose sur les puces : ces vecteurs assurent le passage du germe d'un animal à l'autre avant de potentiellement contaminer l'être humain lors d'une morsure.
Selon l’Institut Pasteur, près de 50 000 cas humains ont été déclarés à l’OMS par 26 pays entre 1990 et 2020. Le continent africain concentre l'essentiel de l'activité épidémique actuelle, avec des foyers marqués en République démocratique du Congo et à Madagascar ; dans ces deux zones, on observe de 250 à 500 infections chaque année, coïncidant avec la période des pluies. En Asie, l'incidence reste faible, quelques cas seulement étant enregistrés en Chine et en Mongolie. En Amérique latine, la maladie touche spécifiquement la Bolivie, le Brésil, l'Équateur et le Pérou. Concernant l'Europe, le dernier signalement en France date de 1945 en Corse, et aucun cas récent n'a été notifié.
Transmission humaine et efficacité des traitements
La forme bubonique constitue le premier stade de la maladie : la bactérie migre vers les ganglions qui s’enflamment. Cette forme peut guérir spontanément dans 20 % à 40 % des cas. Toutefois, lorsque la bactérie se dissémine dans le sang, elle peut provoquer une septicémie mortelle, ou s’installer dans les poumons. C’est cette dernière évolution, la peste pulmonaire, qui présente le plus grand risque épidémique car elle rend la maladie transmissible d’humain à humain via les gouttelettes de salive. Sans traitement, la forme pulmonaire entraîne presque assurément le décès en quelques jours. La pneumonie peut alors évoluer très rapidement, en deux à trois jours seulement.
Des solutions thérapeutiques existent. Les antibiotiques, essentiellement des fluoroquinolones, sont efficaces s’ils sont administrés dès l’apparition des premiers symptômes, tels que fièvre et toux. La prise en charge doit intervenir dans les premières heures pour maximiser les chances de guérison. Ces médicaments peuvent également être prescrits de manière préventive après un contact à risque.
Bien qu’un vaccin ait été développé dans les années 1930, il a été abandonné en raison de ses effets secondaires lourds et de l’efficacité des antibiotiques. Aujourd’hui, plusieurs candidats vaccins sont en cours de développement par des laboratoires académiques, des biotechs et des acteurs militaires, sans qu’aucun ne soit commercialisé. Ces travaux visent principalement à disposer de ripostes en cas d’utilisation potentielle de la peste comme arme biologique.