Le projet de loi de finances (PLF) pour 2027, adopté en Conseil des ministres le 4 octobre 2026, prévoit une hausse significative de la fiscalité sur le tabac et les boissons alcoolisées. La taxe additionnelle sur les cigarettes passerait de 75 à 85 dinars algériens (DA) par paquet, générant selon le gouvernement plus de 16,5 milliards de DA de recettes supplémentaires. Ce texte, qui doit encore être examiné par l'Assemblée populaire nationale (APN) puis le Conseil de la nation, s'inscrit dans une stratégie fiscale visant à réduire la consommation de produits nocifs tout en finançant des postes budgétaires spécifiques.
Renforcement de la fiscalité sur le tabac
L'article 126 du PLF 2027 propose d'augmenter de 10 DA la taxe additionnelle applicable aux produits tabagiques, que ce soit pour les paquets, les boîtes ou les bourses. Cette majoration porte la contribution à 85 DA, un niveau supérieur aux 75 DA fixés par la loi de finances 2026, laquelle avait également soumis les liquides pour cigarettes électroniques à la taxe intérieure de consommation. Le gouvernement anticipe 16,54 milliards de DA de recettes issues de cette seule mesure.
La répartition de ces fonds est détaillée dans le texte : sur les 85 DA prélevés, 19 DA sont affectés au Fonds pour les urgences et les activités de soins médicaux, 26 DA au Fonds de lutte contre le cancer et 4 DA à la Caisse nationale des assurances sociales des travailleurs salariés (CNAS). Les 36 DA restants rejoignent le budget de l'État. Selon l'exposé des motifs, les 10 DA supplémentaires seraient intégralement versés au budget de l'État, maintenant ainsi inchangée la part consacrée à la santé par rapport à 2026. L'exécutif qualifie cette approche d'outil de « régulation sanitaire » dans la lutte antitabac. Il est précisé que cette hausse fiscale ne se traduit pas mécaniquement par une augmentation du prix de vente au détail, les fabricants et distributeurs conservant leur liberté de fixation tarifaire, aucun prix public n'étant imposé par le texte.
Hausse des taxes sur les boissons alcoolisées
Les mesures fiscales s'étendent également aux boissons alcoolisées, avec des augmentations notables prévues par plusieurs articles du projet. L'article 50 relève la taxe intérieure de consommation sur la bière : celle-ci passerait de 4 368 à 6 000 DA par hectolitre pour les bières de 5 degrés ou moins, et de 5 560 à 7 000 DA par hectolitre pour celles dépassant 5 degrés. Le gouvernement estime les recettes supplémentaires issues de cette mesure à 3,46 milliards de DA.
L'article 62 envisage également une revalorisation des taxes applicables à plusieurs boissons alcoolisées. En ce qui concerne le vin, la contribution serait portée de 50 000 à 60 000 DA par hectolitre. Les whiskies et les apéritifs anisés voient leur droit augmenter de 300 000 à 320 000 DA par hectolitre d'alcool pur, tandis que celui du rhum passe de 150 000 à 160 000 DA pour la même unité de mesure.
Le gouvernement justifie ces hausses par des considérations de santé publique et de sécurité routière. L'exposé des motifs cite les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui préconise l'usage des taxes pour dissuader la consommation de produits nocifs. L'exécutif avance également que la réduction de la consommation de bière allégerait les charges liées à l'alcoolisme, notamment en matière de maladies chroniques et d'accidents de la route. Pour le vin et les spiritueux, l'objectif affiché est de dissuader en particulier les jeunes.
Ces dispositions restent soumises au vote du Parlement. Si la loi est adoptée en l'état, les hausses s'appliqueraient à partir du 1er janvier 2027. Le PLF 2027 inclut d'autres changements fiscaux, allant de la vignette automobile à l'impôt sur la fortune, dans un contexte marqué par des hausses de salaires annoncées pour 2027 et des mesures d'urgence contre la flambée des prix alimentaires. Seul le texte définitif, publié au Journal officiel, fera foi quant à son entrée en vigueur et à ses modalités précises.