Procès d’ex-présidents de la FAF : dénégations systématiques faces aux accusations

Devant le pôle pénal économique et financier près le tribunal de Sidi M’hamed à Alger, l’instruction des dossiers de Charaf Eddine Amara, Khereddine Zetchi et Djahid Zefizef, anciens dirigeants de la Fédération algérienne de football (FAF), ainsi que de plusieurs membres du bureau exécutif, a été poursuivie hier par l’audition de prévenus en liberté. Les accusations portent notamment sur des contrats de sponsoring impliquant la filiale d’Adidas à Dubaï et l’agence tunisienne Concorde, ainsi que sur l’hébergement à l’hôtel Tazrout Olympique et la gestion du magasin d’équipements. Des expertises précédentes ont révélé des irrégularités caractérisées par des « abus de fonction », une « dilapidation de deniers publics » et un « détournement de fonds ».

Des dénégations systématiques face aux écarts comptables

Amar Bahloul, ancien directeur de l’administration générale, a été entendu la veille de la reprise. Il a rejeté l’ensemble des faits reprochés. Concernant le choix de l’hôtel Tazrout Olympique, établissement quatre étoiles situé à proximité du siège fédéral et du stade du 5-Juillet, il a justifié sa sélection par le fait qu’il était le seul dans l’Algérois à proposer une formule « all inclusif » au tarif de 8 000 dinars, contre un prix public de 16 000 dinars. Il a précisé que sa mission se limitait à établir la facture sur la base d’un ordre de mission et d’un bon de commande, l’exécution financière étant assurée par le service financier après contrôle. Interrogé par la présidente sur la signature du contrat avec le sponsor Me-Grand, il a répondu : « C’est Zetchi qui l’a signé en France. » Admettant des interférences de certains dirigeants, il a insisté sur son rôle passif : « Moi, je n’ai rien fait. »

Raja Benkgenozche, responsable du magasin, s’est présentée à la barre pour contester les chefs d’inculpation. Elle a déclaré ne contrôler ni les prix ni l’entrée des équipements, tâches attribuées à son collègue Moumene Abderraouf via une application dont elle n’a pas accès. « Je ne contrôle ni les prix ni l’entrée des équipements. C’est mon collègue Moumene Abderraouf qui s’en charge avec une application à laquelle je n’ai pas accès. Mon travail se limite à faire le bon de sortie seulement. » Elle a indiqué que les bons de commande étaient établis par le directeur de l’administration générale (DAG), M. Nekkache, précisant que « le nom du destinataire est donné par le DAG, parfois par mail et parfois verbalement ». Face à l’accusation d’un écart de 65 millions de dinars évalué par l’expertise, elle a invoqué un dysfonctionnement technique de l’application de gestion, affirmant que « Ces équipements étaient dans le magasin. Il y a eu un problème technique avec l’application de gestion. Mais si on fait le décompte matériel, on ne trouve pas d’écart dans le stock ».

Un litige sur la traçabilité des sorties et le choix des partenaires

Enchaînant à la barre, Abdelghani Nekkache, directeur administratif et général (DAG) actuellement incarcéré, rejette toute responsabilité. Il précise que ses compétences s’étendaient, de juillet 2017 à mai 2021, au magasin, à la billetterie, aux visas, à la relation publique et aux ressources humaines, tout en incluant le suivi administratif général de la FAF. Concernant le magasin, il maintient que les requêtes devaient obligatoirement transiter par courriel, unique vecteur de communication interne. Pour lui, les demandes orales sont « impossibles », comme l’illustre son interrogation : « Comment puis-je avoir les pointures et les tailles des 50 joueurs de l’équipe nationale ou celles de 30 joueurs des autres sélections ? » Il oppose ainsi sa version à celle de la responsable du magasin : « C’est ma parole contre celle de la prévenue. »

Concernant le contrat avec Adidas Dubaï, Nekkache a expliqué que des retards de la part du sponsor, alors que la Coupe d’Afrique des nations approchait, avaient conduit la FAF à lancer un appel d’offres pour changer de partenaire. « avec les retards que ce sponsor a mis, alors que nous étions à quelques mois de la Coupe d’Afrique, on avait décidé de changer de partenaire en lançant un avis d’appel d’offre. Adidas a réagi rapidement en revoyant à la hausse son offre de 900 000 dollars à 1,920 million de dollars en contrepartie de tous les droits sur la compétition et les équipements ». Il a également défendu le choix de l’hôtel Tazrout, notant que le site de Sidi Moussa, un centre technique, n’était qu’à 80 % réaménagé. « Seul Tazrout a satisfait à toutes nos demandes, y compris celle du tarif préférentiel. »

Le débat s’est enflammé sur la destination des équipements distribués hors équipes nationales. Le prévenu a souligné que 77 % des stocks étaient destinés aux sélections et 23 % servaient de cadeaux institutionnels. « On dit que 77% des équipements vont aux équipes nationales et 23% comme cadeaux. Madame la juge, tous nos équipements sont labellisés et lorsque je les donne, je donne instruction par mail. Est-ce que je vais dire non à un ministre, à un secrétaire général, à la Présidence, au ministre de la Justice, et je ne vais pas vous donner la liste ici, il y a des noms certes, mais pas pour d’autres instructions, mais nous savons qui sont les destinataires. » La magistrate a rétorqué : « Même si vous ne mentionnez pas les destinataires par respect à la confidentialité, pourquoi n’avez-vous pas fait des rapports sur ces donations ? » Nekkache a précisé qu’il s’agissait généralement de maillots retirés ou inutilisés. Il a enfin contesté la cohérence des chiffres avancés par les différentes instances, affirmant que la commission avait conclu à l’absence d’écart dans le magasin, tandis que la police, l’IGF, l’avocat Saoudi et le juge citaient respectivement 145, 307, 282 et 68 bons, avant que le complément