L'Algérie a instruit ses producteurs d'urée de stopper leurs livraisons vers la France. Cette décision, révélée par l'agence Reuters le 23 octobre grâce à cinq sources diplomatiques et industrielles, circule déjà dans la filière depuis la semaine précédente. Trois diplomates ont confirmé la réception de cette consigne, qui impacte directement l'agriculture hexagonale.
Selon l'association professionnelle Afcome et le syndicat des producteurs de blé AGPB, les approvisionnements algériens couvrent environ 30 % des importations françaises d'urée. Cet engrais azoté, issu de la transformation du gaz naturel, est indispensable pour la fertilisation des grandes cultures. À ce stade, le gouvernement algérien n'a pas communiqué officiellement sur cette suspension, imitant sa discrétion lors des restrictions antérieures. L'ambassade d'Algérie à Paris n'a pas non plus répondu aux interrogations de Reuters, laissant la mesure reposer sur des témoignages anonymes.
Une détérioration commerciale réciproque
Cette coupure d'approvisionnement s'inscrit dans une série de mesures restrictives affectant le commerce bilatéral. Alger a cessé d'acheter du blé français dès 2024, tandis qu'une interdiction informelle des importations de produits français s'applique depuis fin juillet, selon des diplomates français et européens. Avec l'urée, les restrictions touchent désormais les produits algériens destinés au marché français.
Paris a porté la question au niveau de l'Union européenne. Les conséquences économiques dépendront de la durée de la mesure et de la capacité des importateurs français à identifier de nouveaux fournisseurs. Parallèlement, quelques jours avant la révélation sur l'urée, la plateforme spécialisée Attaqa avait rapporté que la France sollicitait Alger pour augmenter ses livraisons de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL). Objectif affiché : sécuriser les approvisionnements énergétiques, en parallèle d'une diversification vers les pays du Golfe.
Sur le plan commercial, la France occupe une position déterminante dans le portefeuille des acheteurs du brut algérien. Les volumes échangés ont connu une hausse significative, passant de 43 000 barils quotidiens en mars à 138 000 en avril 2026. Cette dynamique a hissé l'Hexagone au rang de premier destinataire, représentant environ 15 % des expéditions totales, et dépassant ainsi la Corée du Sud, l’Espagne, les États-Unis et l’Italie.
Une dépendance énergétique et une crise diplomatique persistante
Au-delà du pétrole brut, l'Hexagone s'appuie également sur Alger pour ses besoins en carburants raffinés. D'après les données du Comité professionnel du pétrole, l'Algérie a assuré 13,1 % des approvisionnements français en essence au cours du premier semestre 2026, se situant juste derrière les Pays-Bas. Notre analyse consacrée à la part de l'Algérie dans les flux d'essence importés par la France approfondit ces indicateurs.
Cette interdépendance commerciale survient dans un contexte diplomatique fortement dégradé depuis 2024. La rupture s'est accentuée après le soutien d'Emmanuel Macron au plan d'autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine, position rejetée par Alger qui défend le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui. Les tensions se sont ensuite aggravées sous le précédent gouvernement français, avec des mesures sur les visas, des expulsions et des campagnes hostiles relayées par l'extrême droite et une partie des médias. À quelques mois de l'élection présidentielle française, aucun signe d'apaisement n'est apparu.