L’Armée nationale populaire (ANP) est désormais habilitée par le Parlement algérien à déployer un détachement militaire au Niger. Cette autorisation, accordée ce dimanche, a pour objet exclusif la protection et la sécurisation des équipes ainsi que des projets énergétiques menés par Sonatrach International Exploration et Production (SIPEX). La décision fait suite à une demande officielle des autorités nigériennes, selon laquelle cette présence armée répond à un besoin précis de défense des intérêts économiques algériens sur place.
Le vote s’est déroulé en deux temps au sein des chambres législatives. Le Conseil de la nation a examiné la proposition en séance à huis clos dans la matinée, avant que l’Assemblée populaire nationale ne tranche la question dans la soirée du même jour. La procédure s’inscrit dans le cadre du second alinéa de l’article 91 de la Constitution. Ahmed Attaf, ministre des Affaires étrangères, a pris la parole devant les parlementaires en présence d’officiers supérieurs et généraux de l’ANP pour détailler le périmètre strict de la mission. Il a souligné son caractère pacifique et a rappelé que « la sécurité du Niger fait partie de la sécurité de l’Algérie ». Le ministre a clairement distingué cette opération de protection civile de toute intervention dans des opérations militaires ou de combat sur le territoire nigérien.
Un consensus parlementaire large
Le texte a recueilli l’assentiment de 148 membres présents, sans compter les procurations, le président du Conseil, Azzouz Nasri, ayant lui-même pris part au scrutin. Ce résultat traduit le soutien exprimé par les présidents des différents groupes politiques lors des débats précédents. Parmi les sénateurs favorables, Dahou Ould Kablia, ancien ministre de l’Intérieur, a défendu la décision comme un levier pour favoriser la paix et la stabilité régionale. Il a également mis en avant la nécessité de protéger les intérêts économiques et sécuritaires du pays, notamment les investissements de Sonatrach, tout en alertant sur les tentatives visant à dégrader les relations entre Alger et Niamey.
Belkacem Boulghiti a, pour sa part, insisté sur la dimension stratégique de ce choix, qualifiant la mission de protection ciblée des intérêts économiques algériens. Il a indiqué que le vote s’était tenu à l’unanimité. Sidi Ali Benbaïche a, quant à lui, rappelé l’ampleur des investissements algériens à l’étranger et le rôle central de Sonatrach dans la sécurisation de ses installations au Sahel.
Le champ de Kafra, pilier de la coopération énergétique
L’implantation de ce dispositif militaire s’appuie sur la valeur stratégique du gisement de Kafra, localisé dans le nord du Niger au sein de la région d’Agadez. Ce site pétrolier se situe entre les départements d’Iférouane et de Bilma, à quelque 85 kilomètres de la frontière algérienne, sur une surface couverte par le permis d’exploration qui avoisine les 23 737 km². Il représente un pilier central de la coopération énergétique bilatérale, notamment grâce à la construction d’un gazoduc essentiel destiné à acheminer les flux gazeux vers l’Europe.
La présence de Sonatrach dans cette zone remonte à 2005. Via sa filiale SIPEX, l’entreprise a réalisé environ 2 200 km de sismique 2D et 760 km² de sismique 3D. Deux puits d’exploration forés en 2018 et 2019 ont révélé des réservoirs dont l’évaluation reste à approfondir. Une nouvelle phase du projet a été lancée le 13 août 2026, marquée par la pose de la première pierre d’un programme de forage de quatre puits d’exploration. Cette opération est réalisée par ENAFOR, filiale de Sonatrach, afin de compléter les données géologiques et de préciser les caractéristiques des réservoirs.
En septembre 2026, le ministère nigérien du Pétrole avait souligné le potentiel considérable de cette zone. Selon les projections, les ressources prospectives situées dans la partie septentrionale du champ pourraient atteindre 2,5 milliards de barils. Toutefois, les autorités rappellent qu’il ne s’agit pas de réserves confirmées. L’entrée en phase de production commerciale restera conditionnée par l’issue des opérations de forage, l’évaluation définitive des réservoirs, ainsi que la sécurisation du financement et des infrastructures requises.