Les associations de protection des consommateurs appellent à une refonte des mécanismes de régulation du marché algérien pour contrer les déséquilibres affectant l'approvisionnement et les prix des produits de consommation courante. Pour préserver le pouvoir d'achat des citoyens, elles préconisent trois axes d'action majeurs : le renforcement de la surveillance des pratiques commerciales, le déploiement d'outils numériques de signalement et la réorganisation des circuits de distribution agricole. Cette démarche vise à garantir la disponibilité des produits tout en limitant les dysfonctionnements constatés sur le terrain.
Cette stratégie ne repose pas uniquement sur les interventions des services de contrôle publics. Les associations insistent sur la nécessité d'une mobilisation collective associant les autorités, les commerçants, les producteurs et les citoyens. Ces derniers sont appelés à jouer un rôle actif en signalant les pratiques commerciales illégales, les dépassements de prix et les perturbations dans l'approvisionnement. L'objectif est de combiner le renforcement des contrôles sur le terrain avec l'utilisation de plateformes numériques facilitant la transmission des réclamations aux services compétents.
La plateforme Tawassol et la participation citoyenne
Pour concrétiser cette approche, le ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national a lancé la plateforme numérique « Tawassol ». Ce service en ligne offre aux usagers la possibilité de dénoncer différentes irrégularités, telles que l'absence d'étiquetage des prix, le dépassement des tarifs encadrés ou plafonnés, ainsi que les carences en matière d'hygiène et de sécurité sanitaire. La plateforme prend également en charge les signalements relatifs aux ruptures d'approvisionnement concernant les biens de grande consommation.
L'interface de la plateforme offre plusieurs fonctionnalités destinées à fiabiliser les signalements. Les utilisateurs peuvent joindre des photographies et des vidéos, localiser les infractions grâce au système GPS et suivre les différentes étapes du traitement de leurs réclamations. Le ministère a par ailleurs garanti la confidentialité des informations personnelles communiquées. Pour Kharib Khadir, vice-président de l’Union nationale de protection du consommateur, cette participation citoyenne constitue un appui essentiel au travail des services de contrôle. Elle permet de faire remonter les préoccupations directement depuis le terrain et de signaler les infractions afin de faciliter une intervention au moment opportun.
Le responsable souligne toutefois les conditions nécessaires à l'efficacité de ce dispositif. Il insiste sur la protection des données personnelles des signataires et la garantie d'un traitement sérieux des plaintes. Selon lui, l'outil ne sera pleinement efficace que si son utilisation reste simple, que les démarches sont claires et que les consommateurs sont informés des suites réservées à leurs réclamations. Cette orientation rejoint les initiatives récentes des pouvoirs publics : le 18 octobre, le président de la République a ordonné la mise en place de mesures pour assurer un suivi quotidien des prix et de la disponibilité des produits de première nécessité, incluant l'encadrement de l'activité des intermédiaires commerciaux et le renforcement des brigades de contrôle.
Réorganisation des filières agricoles et infrastructures de stockage
Au-delà du contrôle des pratiques commerciales, les associations estiment que la stabilité du marché passe par une réorganisation des circuits de distribution des produits agricoles. Kharib Khadir préconise de renforcer le rôle des offices et des organismes publics spécialisés dans la régulation des filières. Il propose notamment de développer les mécanismes d'achat direct des récoltes auprès des agriculteurs et des éleveurs, sur la base de cahiers des charges définissant les critères de qualité, les quantités et les prix.
Une telle organisation permettrait de mieux encadrer les circuits de commercialisation et de limiter la multiplication des intermédiaires susceptibles d'alourdir les prix supportés par le consommateur. Elle suppose également de renforcer les capacités de stockage et de distribution, ainsi que de mettre en place des mécanismes d'intervention lorsque des déséquilibres apparaissent entre l'offre et la demande. Cette question figure parmi les priorités des pouvoirs publics. Lors d'une réunion interministérielle tenue le 20 octobre, le Premier ministre Sifi Ghrieb a examiné les modalités d'intégration des mandataires des marchés de gros dans un dispositif de suivi quotidien des prix et de la disponibilité des produits de première nécessité. Les échanges ont porté sur la structuration de la commercialisation et la traçabilité des produits tout au long de la chaîne de distribution, du producteur au consommateur.
Kharib Khadir évoque aussi la possibilité d'accorder aux organismes concernés un rôle plus important dans la commercialisation des produits saisonniers et l'importation des produits connaissant des insuffisances d'offre en dehors des périodes de production locale, dans le respect de la réglementation en vigueur. Il estime néanmoins que toute réforme doit préserver les intérêts des différents acteurs de la filière. La réduction des intermédiaires ne doit pas se faire au détriment des agriculteurs et des éleveurs, qui doivent pouvoir bénéficier d'une rémunération équitable pour leur production.
Un autre levier jugé essentiel est le développement des infrastructures de stockage, de conservation et de transformation à proximité des principales zones de production agricole. Le vice-président de l’Union nationale de protection du consommateur appelle à encourager les investissements publics et privés dans la création d'unités de transformation, de chambres froides et d'entrepôts répondant aux normes de conservation. Ces installations permettraient d'absorber les excédents enregistrés pendant les périodes de forte production et de limiter les pertes liées à la détérioration des récoltes. L'enjeu consiste également à mieux gérer les périodes de baisse de l'offre en conservant une partie des productions disponibles pour assurer la continuité de l'approvisionnement des marchés.
Cette démarche s'inscrit dans une dynamique de modernisation du dispositif de surveillance du marché national. En avril 2026, le ministère du Commerce avait notamment dévoilé un projet visant à unifier le système d'information grâce à une cartographie numérique des lieux de stockage, incluant chambres froides et entrepôts. L'objectif est d'optimiser le contrôle des stocks et des capacités disponibles. Selon le représentant de l'association, le développement de ces infrastructures pourrait générer plusieurs bénéfices : la sauvegarde des revenus agricoles, l'approvisionnement régulier des industries de transformation, la diminution des pertes post-récolte et une distribution plus constante.