Deux accords signés lundi à Alger marquent une inflexion dans la coopération entre l’Algérie et l’Espagne dans le secteur des viandes rouges. Au-delà du simple approvisionnement du marché algérien, les professionnels des deux pays entendent désormais structurer leurs échanges autour de l’élevage, des technologies, des abattoirs et de la transformation. Cette rencontre bilatérale, organisée sous le thème « Unir les marchés, renforcer le secteur », s’inscrit dans un contexte où les flux commerciaux ont déjà pris une ampleur significative.
Au premier semestre 2026, l’Espagne a exporté vers l’Algérie environ 15 000 tonnes de viande bovine et plus de 8 000 tonnes de viande ovine, représentant une valeur supérieure à 200 millions d’euros. L’objectif affiché à Alger consiste à faire évoluer cette relation commerciale vers des partenariats plus larges, susceptibles d’impliquer plusieurs maillons de la filière agroalimentaire.
Deux protocoles pour structurer la coopération industrielle
Deux accords distincts ont été conclus. Le premier concerne l’Algérienne des viandes rouges (ALVIAR), entité rattachée au groupe AGROLOG, ainsi que les interprofessionnelles espagnoles INTEROVIC et PROVACUNO. Le second lie ces deux organisations au Syndicat national des importateurs de viandes rouges. Ces textes ont pour objectif de fluidifier le partage de données relatives aux marchés et à l’élevage, tout en permettant un transfert d’expertise. La sélection des races animales et l’optimisation de la logistique constituent également des axes majeurs de cette collaboration.
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Mohamed Rezgui, directeur général d’ALVIAR, considère cette coopération comme une opportunité de dynamiser les relations bilatérales, en se concentrant sur l’investissement, l’échange d’expertises. L’enjeu principal pour la délégation algérienne reste toutefois d’étendre le périmètre des négociations à toute la filière, allant de l’élevage jusqu’à la transformation et la commercialisation.
Cristina E. Olazabal Valiente, conseillère économique et commerciale de l’ambassade d’Espagne à Alger, a souligné que l’Algérie représentait la première destination hors Union européenne des exportations espagnoles de viandes bovine, ovine et caprine. Ramiro Fernandez Bachiller, ambassadeur d’Espagne en Algérie, a exprimé la volonté de Madrid de dépasser les seuls échanges commerciaux pour développer une coopération durable dans l’élevage. Cette orientation s’appuie sur l’expérience espagnole dans l’économie agricole, l’amélioration des races, la santé animale, la transformation et la valorisation des produits. Pour la partie algérienne, cette complémentarité peut contribuer à renforcer progressivement une filière nationale davantage intégrée.
Anticipation des pics de demande et pistes de collaboration
Au-delà des accords signés, Mohamed Rezgui a présenté plusieurs pistes destinées à donner une dimension plus concrète à cette coopération. Parmi les propositions avancées par ALVIAR figurent la création d’un cadre permanent de coopération entre institutions et opérateurs, le développement de partenariats dans l’élevage et l’engraissement, ainsi que le transfert de technologies et de savoir-faire espagnols. La modernisation des abattoirs, le développement de la transformation et le renforcement de la chaîne du froid sont également au programme, de même que la création de programmes communs de formation et le rapprochement entre les PME des deux pays.
Pour le Syndicat national des importateurs de viandes rouges, ce rapprochement représente une chance d’attirer des acteurs espagnols sur le territoire algérien. Sofiane Bahbou, représentant de l’organisation, a mis en avant des domaines spécifiques tels que la rénovation des abattoirs et le développement de l’élevage intensif dans les régions du Sud.
L’approvisionnement du marché reste un volet central des préparatifs, particulièrement pour les périodes de forte consommation telles que le Ramadan et l’Aïd. Mohamed Rezgui a indiqué qu’AGROLOG, en coordination avec le ministère du Commerce, prenait les dispositions nécessaires pour répondre à la demande durant le mois sacré. Sofiane Bahbou a affirmé que les préparatifs avaient commencé près de six mois auparavant et a assuré que « toutes les quantités nécessaires seront importées » afin d’éviter les ruptures d’approvisionnement. Cette anticipation tient aux pics de demande qui caractérisent le marché algérien, tandis que la partie espagnole souligne sa capacité à adapter son offre aux spécificités locales, notamment en matière de découpes et de calendrier des ventes.
Les discussions organisées à Alger se sont poursuivies par des rencontres B2B entre opérateurs des deux pays, permettant d’examiner différentes possibilités de partenariat. La coopération algéro-espagnole dans les viandes rouges tend ainsi vers un modèle où les investissements, les technologies et les partenariats industriels prennent une place plus importante au sein d’une relation qui repose déjà sur des échanges commerciaux substantiels.