Le prix Nobel de la paix 2026 a été attribué, vendredi 9 octobre, à la juriste sud-africaine Navi Pillay, âgée de 85 ans. Ancienne haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, elle a notamment dirigé la commission d’enquête de l’ONU qui a conclu, en 2025, qu’Israël avait commis un génocide dans la bande de Gaza. Une distinction saluée par les défenseurs de la justice internationale, mais vivement condamnée par les autorités israéliennes.
Navi Pillay se trouvait à Nuremberg, en Allemagne, lorsque le Comité Nobel norvégien a annoncé son nom, vendredi 9 octobre. La juriste sud-africaine participait à une conférence consacrée à la justice internationale, dans le bâtiment où furent organisés les procès des principaux dirigeants nazis après la Seconde Guerre mondiale. À 85 ans, elle venait de recevoir le prix Nobel de la paix pour une carrière consacrée à la défense des droits humains et au développement du droit international.
L’ancienne haute-commissaire des Nations unies a accueilli la nouvelle avec humour. Devant une assistance qui l’applaudissait, elle a lancé : « Si vous applaudissez un peu plus fort, je partagerai peut-être le prix avec Trump. » La séquence, diffusée sur X par Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, a largement circulé sur les réseaux sociaux.
La plaisanterie faisait référence aux ambitions de Donald Trump, qui réclame depuis plusieurs années le prix Nobel de la paix. En 2025, la distinction était revenue à l’opposante vénézuélienne María Corina Machado. Cette dernière avait remis sa médaille au président américain en janvier 2026, un geste symbolique qui ne modifiait pas l’identité de la lauréate.
Pour le Comité Nobel, le choix de Navi Pillay récompense sa contribution à la poursuite des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des génocides. Il intervient un an après la publication d’un rapport des Nations unies sur Gaza, dont les conclusions avaient provoqué la colère du gouvernement israélien.
Une enfance sous l’apartheid, à l’origine de son engagement
Née en 1941 à Durban, en Afrique du Sud, Navi Pillay grandit dans une famille modeste d’origine indienne tamoule. Son père est chauffeur de bus. Sous le régime de l’apartheid, la population indienne subit, comme les autres communautés non blanches, une législation qui organise la ségrégation raciale et restreint ses droits.
Dans un entretien accordé à l’AFP en 2023, la juriste évoquait les humiliations de cette époque : « Nous avons subi les pires insultes et discriminations raciales, avons été maltraités et traités comme des moins que rien. »
Elle racontait avoir très tôt choisi de combattre ces injustices. « J’ai toujours su qui j’étais et comment combattre toute forme de discrimination. En osant prendre la parole et en la condamnant. C’est ce que j’ai fait à l’ONU », expliquait-elle.
Après ses études de droit, elle ouvre en 1967 son propre cabinet à Durban, devenant la première femme à exercer ainsi dans la province du Natal. Elle défend des militants opposés à l’apartheid, parmi lesquels des membres de mouvements interdits, et s’engage pour les droits des prisonniers politiques.
En 1973, elle obtient une avancée judiciaire permettant aux détenus de Robben Island, où Nelson Mandela est alors emprisonné, de consulter des avocats. Elle poursuit ensuite sa formation aux États-Unis, où elle décroche un doctorat en sciences juridiques à l’université Harvard en 1988.
L’abolition de l’apartheid lui ouvre les portes de la magistrature. En 1995, un an après l’arrivée de Nelson Mandela à la présidence, Navi Pillay devient la première femme non blanche à siéger à la Haute Cour sud-africaine.
La même année, elle est élue juge au Tribunal pénal international pour le Rwanda, qu’elle présidera de 1999 à 2003. Elle participe notamment aux travaux judiciaires ayant établi que le viol et les violences sexuelles peuvent constituer des actes de génocide.
Sa carrière se poursuit à la Cour pénale internationale (CPI), où elle siège de 2003 à 2008. Elle est ensuite nommée haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, poste qu’elle occupe jusqu’en 2014.
Depuis 2019, elle intervient également comme juge ad hoc à la Cour internationale de justice (CIJ), dans la procédure engagée par la Gambie contre la Birmanie, accusée de génocide à l’encontre de la minorité rohingya.
Gaza : les conclusions accablantes d’une enquête pour génocide
Entre 2021 et 2025, Navi Pillay préside la Commission internationale indépendante d’enquête sur le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et Israël, créée par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies.
Le 16 septembre 2025, la commission publie un rapport concluant qu’Israël a commis un génocide contre les Palestiniens de la bande de Gaza au cours de la guerre déclenchée après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023.
Les enquêteurs estiment que les autorités et les forces israéliennes ont commis quatre des cinq catégories d’actes constitutifs de génocide définies par la Convention de 1948 : les meurtres, les atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale, les conditions de vie imposées dans le but de provoquer la destruction d’un groupe et les mesures destinées à empêcher les naissances.
Le rapport examine notamment les opérations militaires, les déplacements forcés de populations, les restrictions à l’entrée de l’aide humanitaire et la destruction d’établissements de santé. La commission estime que les faits documentés, associés aux déclarations de responsables israéliens, permettent d’établir une intention génocidaire.
Dans son entretien avec l’AFP en 2023, Navi Pillay avait déjà reconnu que l’enquête sur les violations des droits humains dans les territoires palestiniens et en Israël figurait parmi les missions les plus difficiles qu’elle avait exercées.
Un prix salué par les Nations unies
Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a accueilli la distinction comme une victoire collective pour les défenseurs des droits humains et ceux qui réclament que les auteurs de crimes internationaux rendent des comptes.
Il a notamment rappelé l’importance des mécanismes de justice pénale internationale, dont la CPI, dans laquelle Navi Pillay a siégé pendant cinq ans. Pour Volker Türk, cette récompense constitue un soutien à ces institutions, dont le fonctionnement et l’indépendance font l’objet de contestations politiques.
Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a également salué la décision, rendant hommage à l’engagement de la juriste sud-africaine en faveur du droit et de la dignité humaine.
À Nuremberg, Navi Pillay a dédié son prix aux survivants des crimes internationaux ainsi qu’aux magistrats et défenseurs de la justice qui poursuivent leur travail malgré les pressions.
La cérémonie officielle de remise du prix Nobel de la paix 2026 est prévue le 10 décembre à Oslo.