Le chef de l’État algérien, Abdelmadjid Tebboune, s’est associé aux commémorations de la Journée nationale de l’émigration pour saluer la résistance des Algériens vivant à Paris face aux ordres de couvre-feu discriminatoires et à la brutalité policière dirigée par Maurice Papon. À l’approche du soixante-cinquième anniversaire de ces événements, le président réitère la volonté de son gouvernement de garantir la protection des ressortissants établis hors du territoire national.
Une nuit de répression et un héritage historique contesté
Le président rappelle que, ce 17 octobre 1961, des foules d’Algériennes et d’Algériens sont descendues dans les rues de la capitale française pour dénoncer « une décision raciste » de couvre-feu imposée par les autorités coloniales. Cette mesure visait spécifiquement les ressortissants algériens, interdisant leur circulation après 20 h 30, et témoignait, selon Abdelmadjid Tebboune, de « la haine de la police française, sous la direction du criminel Maurice Papon » envers une Algérie en pleine insurrection. Les émigrés de l’époque, qui constituaient « un prolongement et un soutien » de la Révolution de libération, ont refusé de se soumettre à cette disposition qu’ils jugeaient « injuste et arbitraire ». La police française espérait isoler la Révolution de son prolongement au cœur de la France, mais les manifestants ont répondu par des actions pacifiques, alors que, fin 1961, se profilaient déjà les « prémices de la victoire et de l’émancipation ».
Les faits de cette nuit sont désormais établis par les historiens et les institutions. La Fédération de France du FLN avait appelé à manifester contre le décret du 5 octobre, mobilisant plus de 25 000 hommes, femmes et enfants aux points de rassemblement. La répression a été qualifiée en 2021 par l’Élysée de « brutale, violente, sanglante », entraînant près de 12 000 arrestations et plusieurs dizaines de morts, dont certains corps ont été jetés dans la Seine. Abdelmadjid Tebboune souligne que cette communauté a affronté « à poitrine nue les balles réelles » et perdu des dizaines de ses membres, noyés avec sauvagerie dans le fleuve. Il y voit la preuve de l’appartenance à « un peuple authentique, ancien, fier et libre », adossé à une civilisation et une histoire profondément enracinées sur la terre d’Algérie.
Lire aussi : Abdelmadjid Tebboune félicite Nora Sadki pour sa médaille d’or à Paris
Le bilan officiel de l’époque faisait état de seulement trois morts et d’une soixantaine de blessés, une version contestée depuis. Les historiens estiment aujourd’hui le nombre de victimes à plusieurs dizaines au minimum, tandis que certains militants craignent qu’il n’atteigne plusieurs centaines. Benjamin Stora avait résumé la responsabilité politique en 2021 : « Il y a une responsabilité de l’État, sous l’autorité de Maurice Papon. » Préfet de police à l’époque, Papon ne sera jamais inquiété par la justice française pour ces faits.
Reconnaissance officielle et soutien à la diaspora
La reconnaissance officielle de ces drames a pris du temps. Si François Hollande avait déjà évoqué en 2012 le décès d’Algériens lors de cette répression violente, c’est Emmanuel Macron qui, en 2021, est devenu le premier dirigeant français à se rendre au pont de Bezons pour honorer la mémoire des victimes. L’actuel président a qualifié les actes perpétrés sous l’autorité de Papon cette nuit-là de « inexcusables pour la République », tout en s’abstenant de formuler des excuses officielles. De son côté, Abdelmadjid Tebboune avait institué en 2021 une minute de silence annuelle, observée à 11 heures sur l’ensemble du territoire, afin de rappeler le sacrifice des martyrs du 17 octobre 1961.
Dans sa conclusion, le président s’adresse directement aux Algériens du monde entier. Il salue « l’esprit de fidélité et d’engagement national » qui anime encore chacun d’eux, et assure du « souci total de l’État de veiller à leur protection et de prendre soin de leurs intérêts ». Il promet des déplacements entourés de « sérénité » et de facilités pour leurs familles, afin de garantir leur lien permanent avec leur pays.