Le gouvernement chypriote a annoncé un renforcement des critères d’accès à son programme de visa doré, destiné aux investisseurs, en amont de son entrée dans l’espace Schengen. Cette décision, justifiée par la perspective d’une intégration imminente, est le résultat d’une réévaluation approfondie des permis délivés depuis 2013, portant sur environ 12 000 titres. Cette démarche s’inscrit dans une stratégie globale visant à encadrer les flux migratoires et à répondre aux exigences liées à l’adhésion à Schengen.
Chypre renforce ses critères d’accès au visa doré en prévision de l’intégration Schengen
Les décisions concernant le durcissement du dispositif ont été transmises par le vice-ministre chargé des Migrations, Nicholas Ioannides, aux autres départements ministériels concernés. L’un des axes principaux de cette révision est la destination des fonds investis par les étrangers. Initialement majoritairement orientés vers le secteur immobilier, les investissements pourraient désormais être canalisés vers l’éducation, la défense et l’innovation, comme l’a déclaré le vice-ministre : « Nous avons besoin d’investissements » et ce « de manière contrôlée ». Cette diversification des investissements est perçue comme un moyen de dynamiser l’économie chypriote et de réduire la dépendance au secteur immobilier, sujet à des tensions.
Un rapport d’audit, datant des périodes 2021-2023, a révélé une situation préoccupante concernant les résidents étrangers sans enregistrement de sorties. Près de 290 000 personnes figurant sur les registres de l’île n’avaient pas enregistré de départs, une anomalie que Nicholas Ioannides relativise en soulignant que l’absence de trace ne signifie pas automatiquement un séjour irrégulier. Des explications plausibles incluent des départs par des points de contrôle non contrôlés par la République, l’obtention d’un titre de séjour ou un passage avec un autre passeport. Pour pallier cette situation, un nouveau système d’information, prévu pour mars, permettra de suivre chaque ressortissant étranger de son arrivée jusqu’à son départ.
Parallèlement à cette numérisation des services migratoires, des mesures significatives sont prises pour optimiser la gestion des demandes d’asile. Le stock de demandes en attente a diminué considérablement, passant sous la barre des 12 500 dossiers contre environ 24 000 lors de la création du vice-ministère. Plus de 6 100 dossiers concernant des Syriens ont été retirés ou annulés depuis décembre 2024, et près de 5 500 personnes sont reparties. Le taux d’acceptation oscille actuellement entre 15 et 20 %.
La coopération avec Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières, joue un rôle crucial dans cette stratégie. En 2026, plus de 7 000 retours ont été exécutés, contre plus de 12 000 départs sur l’ensemble de 2025. Environ 40 000 ressortissants étrangers ont quitté le territoire dans ce cadre. « Une politique migratoire ne peut être efficace si les décisions de retour restent sur le papier », a affirmé Nicholas Ioannides. Le centre d’accueil de Pournara, conçu pour un millier de personnes, en hébergeait plus de 3 000 en 2022 et n’en compte plus que 165 aujourd’hui.
Gestion du flux migratoire : numérisation et retours facilités
La réduction des dépenses liées aux prestations migratoires est également notable, avec une baisse à 15 millions d’euros début 2026, contre 49 millions au moment de la reprise du dossier par le vice-ministère. Une part importante de ces coûts est subventionnée par des financements européens, à hauteur de 80 à 85 %, notamment pour les retours. Chypre s’appuie sur ces financements pour atténuer les coûts directs liés à l’accueil et à l’intégration des migrants.
En parallèle de ces efforts de contrôle et de gestion des flux migratoires, l’île cherche à attirer des professionnels qualifiés grâce à des accords de recrutement bilatéraux avec l’Égypte et l’Inde, dans des secteurs où le marché du travail chypriote est particulièrement tendu, notamment le bâtiment, l’hôtellerie et les soins infirmiers. Environ 200 000 titres de séjour pour ressortissants de pays tiers sont actuellement en cours de validité. « Une migration légale, organisée et contrôlée fait partie de la solution », a conclu Nicholas Ioannides, plaidant pour des voies encadrées plutôt qu’un recours détourné au système d’asile. La Ligne verte, qui ne fait l’objet d’aucune procédure migratoire, est également soumise à des contrôles ponctuels.