Les échanges commerciaux entre l’Algérie et le Maroc au plus bas historique

L'Office des changes marocain révèle une contraction historique du commerce bilatéral entre Rabat et Alger. En 2025, le volume des échanges s'est effondré à 740 millions de dirhams, soit environ 74 millions de dollars. Cette chute brutale, qui représente une baisse de 89 % sur cinq ans, s'inscrit dans un contexte de rupture diplomatique effective depuis août 2021. Les dernières données statistiques, rapportées le 22 octobre 2026 par Asharq Business, mettent en lumière une désintégration quasi totale des flux commerciaux traditionnels entre les deux voisins.

Effondrement des flux et inversion des positions commerciales

Le déclin est régulier et profond. Après avoir atteint près de 759,3 millions de dollars en 2021, les échanges ont chuté à 243,9 millions en 2022, puis à 128,6 millions en 2023. L'érosion s'est accentuée en 2024 avec un montant de 88,2 millions de dollars, avant de toucher le plancher des 74 millions en 2025. Ce repli global masque une asymétrie croissante : les exportations marocaines vers l'Algérie sont devenues marginales, tombant à un million de dirhams (environ 100 000 dollars) l'an dernier, contre près d'un milliard de dirhams en 2021. Les marchandises encore présentes sur ce marché résiduel incluent des chaussures, du bois, des équipements électriques et des textiles.

À l'inverse, les importations marocaines d'origine algérienne, bien que réduites, constituent désormais l'essentiel du commerce bilatéral. Elles sont passées de 5,8 milliards de dirhams en 2021 à 739 millions en 2025. Sur la période considérée, le bilan commercial a majoritairement profité à l'Algérie, à l'exception de l'exercice 2023, durant lequel les ventes marocaines (64,5 millions de dollars) ont légèrement dépassé celles de son voisin (64,1 millions de dollars).

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La dattes supplantent le gaz naturel dans les importations

La nature des produits échangés a radicalement changé, marquant la fin d'une ère énergétique. En 2025, les importations marocaines de dattes algériennes ont dépassé 481 millions de dirhams, représentant environ 65 % des achats effectués auprès de l'Algérie. Ce produit agricole a ainsi remplacé le gaz naturel comme première marchandise importée. Cette substitution fait suite à l'arrêt des livraisons par le gazoduc Maghreb-Europe en octobre 2021, infrastructure qui traversait le territoire marocain pour alimenter l'Espagne et le Portugal.

Depuis cette coupure, le Maroc s'approvisionne en gaz naturel liquéfié sur les marchés internationaux. Le gaz est ensuite regazéifié en Espagne avant d'être acheminé vers le royaume via le même gazoduc, mais utilisé en sens inverse. Les autres postes d'importation algérienne au Maroc comprennent désormais principalement des substances chimiques, ainsi que des fils, barres et profilés en cuivre et en aluminium.

Cette dynamique commerciale se développe dans un environnement diplomatique figé. La frontière terrestre reste fermée depuis 1994, tandis que les relations officielles ont été rompues en août 2021. Selon une analyse du centre de recherche américain Stimson Center publiée en mai 2026, les échanges intra-maghrebins ne représentent que 2 à 5 % du commerce total de la région. Idriss Lakrini, professeur de relations internationales à l'université Cadi Ayyad de Marrakech et président de l'Organisation du travail maghrébin, souligne auprès d'Asharq Business les difficultés structurelles de la coopération économique régionale. Il cite les estimations du Fonds monétaire international (FMI) selon lesquelles une intégration accrue pourrait augmenter la croissance à long terme des pays du Maghreb d'environ un point de pourcentage en moyenne.