Contamination radioactive du Sahara : Héritage des essais nucléaires français

Le Sahara porte encore les conséquences des essais nucléaires français, un crime colonial non reconnu par l’État français. Les tests atmosphériques menés par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), notamment Gerboise bleue, ont entraîné une contamination d’une zone bien plus étendue que ce que l’on pensait initialement. Le choix du Sahara, motivé par des considérations géopolitiques et stratégiques, a suscité des protestations internationales et des tensions diplomatiques. L’accord sur le démantèlement des installations, inclus dans les accords d’Evian qui ont mis fin à la guerre d’Algérie en 1962, n’a pas été respecté par la France, ce qui a frustré l’Algérie, qui comptait sur un démantèlement rapide des sites.

Soixante-cinq ans après Gerboise bleue, le Sahara n’a rien oublié

Le Sahara continue de porter les stigmates des essais nucléaires français, dont le premier, Gerboise bleue, a eu lieu le 13 février 1960. Cet essai, qui libéra une puissance de 70 kilotonnes – quatre fois la puissance de la bombe sur Hiroshima – fut mené à Reggane, dans le Hoggar, un territoire refusant son indépendance à la France. Officiellement, le rapport du CEA de 1960 évoquait une zone contaminée d’environ 150 kilomètres de long, mais des cartes secrètes déclassifiées en 2013 révèlent une contamination s’étendant jusqu’à l’Afrique subsaharienne. Malgré ces découvertes, des études épidémiologiques à grande échelle, menées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), restent encore manquantes pour évaluer l’impact sur les populations locales du Sahara, englobant l’Algérie, le Mali, le Niger, le Tchad et la Libye. Cette absence de suivi sanitaire constitue un sujet de dénonciation majeur pour les organisations non gouvernementales (ONG) et les experts en radioprotection. Le site de Reggane, avec sa base-vie et son champ de tir à Hamoudia, a servi de centre d’expérimentations militaires pendant près d’un an, avec trois autres essais atmosphériques (Gerboise blanche, rouge et verte) menés en 1960.

L’essai Gerboise bleue, le 13 février 1960, a utilisé une puissance de 70 kilotonnes, dépassant la puissance de la bombe sur Hiroshima. Les officiels français, dont les ministres Pierre Messmer et Gaston Palewski, ont dû fuir précipitamment le site lors de l’essai, recevant des doses significatives de radiation. Gaston Palewski est décédé de leucémie en 1984, une situation qu’il a elle-même dénoncée de son vivant. La théorie d’une zone contaminée d’environ 150 kilomètres de long a été révisée par des données issues de la carte secrète déclassifiée en 2013, révélant une étendue de contamination s’étendant jusqu’à l’Afrique subsaharienne.

La France a ensuite poursuivi ses essais nucléaires dans le massif du Hoggar, réalisant treize tirs en galerie jusqu’en 1966. L’essai Béryl, le 1er mai 1962, a entraîné l’obturation tardive de la galerie, provoquant l’émanation d’un nuage de lave et d’aérosols radioactifs atteignant 2600 mètres d’altitude. La situation a conduit à l’évacuation des responsables français présents sur les lieux.

Le choix du Sahara comme site d’essais nucléaires a suscité une opposition internationale dès 1959, notamment via la Sahara Protest Team, un groupe transnational de militants antinucléaires intercepté par les forces françaises avant d’atteindre Reggane. Un groupe de pays afro-asiatiques a déposé une résolution contre l’essai français devant les Nations Unies, sans succès. Le délégué français Jules Moch a défendu le choix du site en 1960, le présentant comme désertique et éloigné des populations, argumentaire qui a été contredit par les archives déclassifiées plus tard.

Les essais nucléaires ont eu un impact sur les négociations pour la fin de la guerre d’Algérie. La partie française a tenté d’exclure le Sahara du futur Etat algérien, dans le but de continuer à exploiter ses ressources en hydrocarbures et en minerais. Le Gouvernement provisoire de la République algérienne a refusé toute atteinte à l’intégrité du territoire, ce qui a conduit à l’échec de la première conférence d’Evian en 1961. Les accords signés en mars 1962 ont abouti à un compromis : l’Algérie a obtenu la pleine souveraineté sur le Sahara, mais une clause autorisait la France à démanteler les installations jusqu’en 1967 et son programme spatial militaire depuis la base d’Hammaguir. L’Algérie espérait un démantèlement rapide, ce que la France n’a pas réalisé, faute de moyens techniques.

En conclusion, les essais nucléaires français au Sahara ont laissé des traces durables, tant sur le plan environnemental que politique. L’absence de reconnaissance officielle de ces crimes et de compensation aux populations affectées persiste, malgré les révélations récentes et les études scientifiques. La question de la responsabilité de la France reste ouverte, soulignant un débat majeur sur la justice et la mémoire.

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