Le projet de loi de finances (PLF) pour 2027, adopté en Conseil des ministres sous la présidence du chef de l'État Abdelmadjid Tebboune, consacre une enveloppe record de 3 689,93 milliards de dinars, soit environ 28,18 milliards de dollars, aux mégaprojets structurants et aux infrastructures de désenclavement. Présenté par le ministre des Finances, Mohamed-Lamine Lebbou, devant la commission des finances et du budget de l'Assemblée populaire nationale (APN), ce rapport détaille un dispositif d'investissement public destiné à relier durablement les gisements miniers et agricoles du Sud aux ports, aux complexes industriels et aux marchés d'exportation. Ces montants s'inscrivent dans un budget général de dépenses estimé à 17 251,6 milliards de dinars (environ 131 milliards de dollars) pour l'exercice 2027, représentant des autorisations d'engagement plutôt que des dépenses intégralement décaissées sur une seule année. Le texte poursuit actuellement son examen parlementaire avant son adoption finale.
Une dorsale ferroviaire et des gisements au cœur de la stratégie industrielle
Le chantier le plus lourd financièrement est la ligne ferroviaire Alger–Tamanrasset, à laquelle le PLF-2027 réserve 1 910 milliards de dinars, soit environ 14,6 milliards de dollars. Ce réseau doit permettre de relier la capitale à Tamanrasset sur plus de 2 000 km en traversant Laghouat, Ghardaïa, El Meniaâ et In Salah. Le Conseil des ministres a ordonné le lancement immédiat des travaux des tronçons reliant Laghouat à Tamanrasset, tandis que le gouvernement a approuvé le financement par la Banque africaine de développement du tronçon El Meniaâ–Tamanrasset, évalué à 321,6 milliards de dinars (2,45 milliards de dollars). L’exécutif maintient une forte pression sur le calendrier d’exécution pour livrer cette dorsale dans les meilleurs délais, malgré une échéance considérée comme ambitieuse au regard de la longueur du tracé, des contraintes climatiques du Sahara et des ouvrages d’art complexes à réaliser. L’objectif vise le désenclavement des régions du Sud, la réduction des coûts logistiques, l’acheminement du fer de Gara Djebilet et du phosphate de Tébessa, ainsi que le renforcement de la connexion de l’Algérie avec les pays du Sahel au sein d’un corridor économique transsaharien.
Le deuxième grand chantier concerne le gisement de fer de Gara Djebilet, situé dans la wilaya de Tindouf, considéré comme l’un des plus importants d’Afrique. Le PLF-2027 lui consacre 963 milliards de dinars (environ 7,35 milliards de dollars), dont 944,5 milliards sont déjà notifiés ou en cours de notification. Son exploitation industrielle doit permettre de valoriser cette ressource sur le sol national, de réduire la dépendance aux importations sidérurgiques et d'alimenter les complexes métallurgiques du Nord, sa rentabilité dépendant toutefois de l’avancement rapide de la ligne ferroviaire minière Tindouf–Béchar. Le troisième pilier est le projet intégré du phosphate de Blad El Hadba, dans la wilaya de Tébessa, pour lequel 717,749 milliards de dinars sont prévus, dont 694,749 milliards déjà notifiés. Ce montant couvre le développement de la mine, les infrastructures de transformation et la logistique, s'articulant autour du dédoublement et de la modernisation de la ligne ferroviaire minière Est sur 422 km afin d’acheminer le minerai jusqu’au port d’Annaba, où un quai minéralier dédié est actuellement en aménagement pour l’exportation d’engrais. L’ensemble de ce complexe intégré avait été estimé à environ 7 milliards de dollars lors des présentations officielles.
Lire aussi : PLF 2027 : 44 milliards de dinars attendus de recettes écologiques
Un volet social et une diversification économique soutenue
Au-delà de ces investissements structurants, le PLF-2027 consacre une part significative à un volet socio-économique majeur. Le document budgétaire prévoit l’ouverture de 125 675 postes dans la Fonction publique, composés de 82 948 créations nettes et du pourvoiement de 42 727 vacataires. L’Éducation nationale figure en tête avec 46 223 postes, devant la Santé publique (28 329) et l’Enseignement supérieur (2 800 affectations). Consécutivement, les dépenses de personnel s’établiront à 6 087 milliards de dinars, marquant une progression de 2,7 % due à la conjonction de ces embauches et des hausses salariales planifiées. Dans l’optique de renforcer le tissu productif, l’exécutif attribue 395,88 milliards de dinars, équivalant à près de 3 milliards de dollars, dont 50 milliards destinés au soutien des entreprises publiques économiques en cours de restructuration. Côté protection sociale, 368 milliards de dinars sont engagés, couvrant l’allocation chômage (210 milliards) et l’intégration des agents des collectivités locales (158 milliards). Les subventions et transferts sociaux globaux prévus pour 2027 se rapprochent ainsi de 18,5 milliards de dollars.
Le PLF-2027 s’inscrit dans une stratégie globale de diversification économique destinée à affranchir progressivement le pays de la dépendance aux hydrocarbures. La réussite de cette ambition budgétaire reposera sur la capacité des entreprises de réalisation à respecter les délais sur le terrain, sur la maîtrise des coûts face aux aléas des marchés mondiaux des matériaux et sur la mise en place effective d’une transformation industrielle à forte valeur ajoutée.